IRÈNE, ZOÉ, MEMNON
IRÈNE
Eh bien ! en liberté puis-je voir votre maître? Memnon, puis-je à mon tour être admise aujour- Parmi les courtisans qu'il approche de lui? [d'hui
MEMNON
Madame, j'avouerai qu'il veut à votre vue Dérober les chagrins de son âme abattue. Je ne suis point compté parmi les courtisans De ses desseins secrets superbes confidents : Du conseil de César on me ferme l'entrée. Commandant de sa garde à la porte sacrée, Militaire oublié par ses maîtres altiers, Relégué dans mon poste ainsi que mes guerriers, J'ai seulement appris que le brave Comnène A quitté dès longtemps les bords du Borysthène, Qu'il vogue versByzance, et que César troublé Écoute en frémissant son conseil assemblé.
Alexis, dites-vous?
• MEMNON
Il revole au Bosphore.
IRÈNE
Il pourrait à ce point offenser Nicéphore? Revenir sans son ordre !
MEMNON
On l'assure, et la cour S'alarme, se divise et tremble à son retour. 11 a brisé, dit-on, l'honorable esclavage Où l'empereur jaloux retenait son courage; Il vient jouir ici des honneurs et des droits
Que lui donnent sonrang, sa naissance el nos lois, C'est tout ce que j'apprends par ces rumeurs
[soudaines Qui font naître en ces lieux tant d'espérances
[vaines, Et qui, débouche en bouche armant les factions, Vont préparer Byzance aux révolutions.
Pour moi, je sais assez quel parti je dois prendre, Quel maître je dois suivre et qui je dois défendre : Je ne consulte point nos ministres, nos grands, Leurs intérêts cachés, leurs partis différents, Leurs fausses amitiés, leurs indiscrètes haines. Attaché sans réserve au pur sang des Comnènes, Je le sers, et surtout dans ces extrémités, Memnon sera fidèle au sang dont vous sortez. Le temps ne permet pas d'en dire davantage... Souffrez que je revole où mon devoir m'engage.
(// sort.)
IRÈNE, ZOÉ
IRÈNE
Qu'a-t-il osé me dire? et quel nouveau danger, Quel malheur imprévu vient encor m'affliger? Il ne s'explique point : je crains de le comprend re.
zoé. [treprendre.
Memnon n'est qu'un guerrier prompt à tout en- Je le connais; le sang d'assez près nous unit. Contre nos courtisans exhalant son dépit, Il détesta toujours leur frivole insolence, Leurs animosités qui partagent Byzance, Leurs tristes vanités que suit le déshonneur; Mais son esprit altier hait surtout l'empereur. D'Alexis, en secret, son cœur est idolâtre, Et, s'il en était cru, Byzance est un théâtre Qui produirait bientôt quelqu'un de ces revers Dont le sanglant spectacle ébranla l'univers. Ne vous étonnez point quand sa sombre colère S'échappe en vous parlant, et peint son caractère.
IRÈNE
Mais Alexis revient.... César est irrité ; Le courtisan surpris murmure épouvanté.
Les États convoqués dans Byzance incertaine, Fatiguant dès longtemps la grandeur souveraine, Troublent l'empire entier par leurs divisions. Tout un peuple s'enflamme au feu des factions.... Des discours de Memnon que veux-tu que j'espère? Il commande au palais une garde étrangère : D'Alexis, en secret, est-il le confident? Que je crains d'Alexis le retour imprudent, Les desseins du sénat, des peuples le délire, Et l'orage naissant qui gronde sur l'empire! Que je me crains surtout dans ma juste douleur! Je consulte en tremblant le secret de mon cœur : Peut-être il me prépare un avenir terrible : Le ciel, en le formant, l'a rendu trop sensible. Si jamais Alexis en ce funeste lieu, Trahissant ses serments.,. « Que vois-je? juste Dieu!