IRÈNE, ACTE III, SCENE VI
Qu'en ce palais sanglant je ne connus jamais : J'ai trop besoin de fuir et ce monde que j'aime, Et son prestige horrible... et de me fuir moi-même.
LEONCE.
Venez donc, cher appui de ma caducité ; Oubliez avec moi tout ce que j'ai quitté : Croyez qu'il est encore, au sein de la retraite, Des consolations pour une âme inquiète.
J'y trouvai cette paix que vous cherchiez en vain ; Je vous y conduirai; j'en connais le chemin : Je vais tout préparer... Jurez à votre père, [re, Par le Dieu qui m'amène, et dont l'œil vous éclai- Que vous accomplirez dans ces tristes remparts Les devoirs imposés aux veuves des Césars.
IRÈNE
Ces devoirs, il est vrai, peuvent sembler austères : Mais, s'ils sont rigoureux, ils me sont nécessaires.
LÉONCE
Qu'Alexis pour jamais soit oublié de nous.
IRÈNE
Quand je dois l'oublier, pourquoi m'en parlez-vous? Je sais que j'aurais dû vous demander pour grâce Ces fers que vous m'offrez, et qu'il faut que j'em- Après l'orage affreux que je viens d'essuyer, [brasse. Dans le port avec vous il faut tout oublier. J'ai haï ce palais, lorsqu'une cour flatteuse M'offrait de vains plaisirs et me croyait heureuse : Quand il est teint de sang, je le dois détester. Eh ! quel regret, seigneur, aurais-je à le quitter? Dieu me l'a commandé par l'organe d'un père; Je lui vais obéir, je vais vous satisfaire; J'en fais entre vos mains un serment solennel... Je descends de ce trône, et je marche à l'autel.
LÉONCE
Adieu : souvenez-vous de ce serment terrible.
(Il sort.)