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SCÈNE V

IRÈNE, ZOÉ

ZOÉ

Quel est ce joug nouveau qu'à votre cœur sensible Un père impose encore en ce jour effrayant?

IRÈNE

Oui, je le veux remplir, ce rigoureux serment; Oui, je veux consommer mon fatal sacrifice. Je change de prison; je change de supplice. Toi qui, toujours présente à mes tourments divers, Au trouble de mon cœur, au fardeau de mes fers, Partageas tant d'ennuis et de douleurs secrètes, Oseras- tu me suivre au fond de ces retraites Où mes jours malheureux vont être ensevelis?

ZOÉ

Les miens dans tous les temps vous sont assujettis. Je vois que notre sexe est né pour l'esclavage; Sur le trône, en tout temps, ce fut votre partage : Ces moments si brillants, si courts et si trompeurs,

[malheurs.

Qu'on nommait vos beaux jours, étaient de longs

Souveraine de nom, vous serviez sous un maître; Et quand vous êtes libre, et que vous devez l'être, Le dangereux fardeau de votre dignité Vous replonge à l'instant dans la captivité! Les usages, les lois, l'opinion publique, Le devoir, tout vous tient sous un joug tyranni-

irène. [que.

Je porterai ma chaîne... Il ne m'est plus permis D'oser m'intéresser aux destins d'Alexis Je ne puis respirer le n\ême air qu'il respire. Qu'il soit à d'autres yeux le sauveur de l'empire, Qu'on chérisse dans lui le plus grand des Césars, Il n'est qu'un criminel à mes tristes regards; Il n'est qu'un parricide; et mon âme est forcée A chasser Alexis de ma triste pensée.

Si, dans la solitude où je vais renfermer Des sentiments secrets trop prompts à m'alarmer, Je me ressouvenais qu'Alexis fut aimable... Qu'il était un héros... Je serais trop coupable. Va, ma chère Zoé, va presser mon départ; Sauve-moi d'un séjour que j'ai quitté trop tard : Je vais trouver soudain le pontife et mon père, Et je marche sans crainte au jour pur qui m'éclaire.

(En voyant Alexis.) Ciel!

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