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Journal de Dan^eau, 15 février

12. « Il l'a retirée des mains des comédiens, » dit Dangeau, à la même date.

VOLTAIRE AU THEATRE. IX

la retoucher. Il s'exécuta, et, le vendredi 23, Artêmire un peu arrangée reparut, mais pour bientôt redisparaître, malgré l'apparence de succès qui avait accueilli son retour1. Après la huitième, représentation donnée le 8 mars, devant une recette de 2,353 livres, qui, bien que fort raisonnable, lui parut sans doute trop inférieure à celle du premier soir, qui avait été de 5,167 livres 2, il retira définitivement sa pièce et ne la fit pas imprimer.

Quelques beaux vers, remarqués même par les plus difficiles, tels que Piron 3, quelques bonnes scènes s'y trouvaient qu'il ne voulait pas perdre, et qu'en ne publiant pas il se donnait le droit de reprendre ; ce qu'il fit bientôt.

Mariamne, tragédie qui suivit le plus près celle-ci, fut composée en partie des meilleurs morceaux qu'elle avait laissés en tombant. Ils ne portèrent pas bonheur à la pièce nouvelle.

Écrite au milieu de continuelles allées et venues : de Paris à Rouen, de Rouen àlaRivière- Bourdet, où la présidente de Bernière lui donnait l'hospitalité la plus intime; de la Rivière- Bourdet à Paris, où il prenait pied, toujours chez la présidente, à ce même coin de la rue de Beaune, qui devait le voir mourir; et enfin de Paris au château de Maisons, où il n'échappait à une terrible attaque de petite vérole, que pour manquer de périr dans un incendie; sa Mariamne se ressentit de l'étrange et multiple agitation au milieu de laquelle elle était née.

Vingt fois Voltaire la prit et la reprit4, vingt fois pressé par la concurrence , car plusieurs pièces sur le même sujet étaient à l'horizon : la Marianne, de l'abbé Nadal; la Marianne, du vieux Tristan, refaite par J.-B. Rousseau, etc.5; vingt fois, dis-je, il la mit et remit sur le métier : il ne parvint pas à en faire une bonne pièce. Le 6 mars 4724, à la première représentation, qui avait attiré une affluence très-flatteuse pour le poète, mais tout aussi redoutable, — la recette atteignit, en effet, le chiffre alors inouï de 5,539 livres ! — elle faillit ne pas être achevée. Il était dans la salle, et, dès l'entrée d'Hérode, il comprit le danger6, ^nais sans pressentir ce que l'imprévu d'une mauvaise plaisanterie lui réservait de plus périlleux. Au dénoûment, Mariamne devait s'empoisonner et mourir sur la scène : « La reine boit! » cria, lorsqu'elle eut la coupe aux lèvres, un de ces rieurs du parterre, qu'on voit si souvent passer en de pareilles anecdotes, moins vraies que celle-ci. .La salle entière fit chorus d'hilarité et de bruit, et sans s'inquiéter de la très-belle scène entre Hérode et Mariamne, qui termine le cinquième acte, on ne cessa pas de rire jusqu'à ce que le rideau tomba : « la pièce, dit spirituellement M. Desnoiresterres7, était morte avant l'héroïne. »

Voltaire ne se tient pas pour battu. Il ramasse sa pièce endolorie, l'emporte aux eaux de Forges, où on l'a envoyé se guérir de l'espèce de lèpre que la petite vérole lui a laissée, et qu'il croit plaisamment avoir gagnée au contact des héros de sa tragédie juive8; et là, le poète et son œuvre se remettent, se refont, se reconfortent de compagnie.

L'année suivante, le 10 avril, il la fait reprendre, et elle réussit sans le moindre encombre, même au dénoûment : il amis en récit la malheureuse scène de la coupe, et, de cette façon, le plaisant du parterre n'y peut plus mordre. Le public est content, mais lui ne l'est pas encore : avec cette opiniâtreté de remaniement et de retouche, qui le fait sans cesse revenir sur ses œuvres, et qui fut telle pour celle-ci qu'en 1760, c'est-à-dire trente-cinq ans après, il la retouchait encore9; il retravaille sa pièce jusqu'au mois d'août, et ne veut qu'on la reprenne qu'avec les nouveaux changements10.

Il la soutient d'une petite comédie, en un acte, en vers : l'Indiscret, qu'il a écrite aussi lorsqu'il était à Forges11, au milieu de ces bavards des villes d'eaux, quilui ont fourni très-naturellement les traits de son principal type. Tragédie et comédie réussissent « devant une très-nombreuse et.très-belle assemblée 12, » avec quelques critiques toutefois de la part du public desloges,

1. « Il y a changé quelques vers, dit encore Dangeau (23 février 1720), et la pièce a mieux réussi. »

2. Nous devons la connaissance de ces chiffres curieux à M. Desnoiresterres, qui les a trouvés dans les Archives du Théâtre-Français.

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