SCÈNE IV
LISE, MARTHE
LISE
Digne Euphémon, pourrai-je te toucher?
Mon cœur de moi semble se détacher.
J'attends ici mon trépas ou ma vie.
(A Marthe.)
Écoute un peu.
(Elle lui parle à l'oreille.)
MARTHE
Vous serez obéir.
El PHÉMON père, LISE.
LISE
Un siège... Hélas!... Monsieur, asseyez-vous, Et permettez que je parle à genoux.
ecphémon, l'empêchant de se mettre à genoux. Vous m'outragez.
LISE
Mon, mon cœur vous révère; Je vous regarde à jamais comme un père.
EUPHÉMON PÈRE.
Qui? vous! ma fille?
LISE
Oui, j'ose me flatter Que c'est un nom que j'ai su mériter.
EUPHÉMON PÈRE.
Après l'éclat et la triste aventure Qui de nos nœuds a causé la rupture !
LISE
Soyez mon juge, et lisez dans mon cœur; Mon juge enfin sera mon protecteur.
Écoutez-moi; vous allez reconnaître Mes sentiments, et les vôtres peut-être.
[Elle prend Un siège à côté de lui.) Si votre cœur avait été lié, Par la plus tendre et plus pure amitié, A quelque objet de qui l'aimable enfance Donna d'abord la plus belle espérance, Et qui brilla dans son heureux printemps, Croissant en grâce, en mérite, en talents; Si quelque temps sa jeunesse abusée, Des vains plaisirs suivant la pente aisée, Au feu de l'âge avait sacrifié Tous ses devoirs, et même l'amitié
EUPHÉMON PÈRE.
LISE
Monsieur, si son expérience Eût reconnu la triste jouissance De ces faux biens, objets de ses transports, Nés de l'erreur et suivis des remords; Honteux enfin de sa folle conduite, Si sa raison, par le malheur instruite, De ses vertus rallumant le flambeau, Le ramenait avec un cœur nouveau; Ou que plutôt, honnête homme et fidèle, Il eût repris sa forme naturelle :
Pourriez-vous bien lui fermer aujourd'hui L'accès d'un cœur qui fut ouvert pour lui?
EUPHÉMON PÈRE.
De ce portrait que voulez-vous conclure, Et quel rapport a-t-il à mon injure?
Le malheureux qu'à vos pieds on a vu Est un jeune homme en ces lieux inconnu; Et cette veuve, ici, dit elle-même Qu'elle l'a vu six mois dans Angoulèmc; Un autre dit que c'est un effronté,
oi2