L'ENVIEUX, ACTE I, SCÈNE IX
rit!)
Un ami vertueux, éclairé, doux et sage,
Est un présent du ciel, et son plus digne ouvrage.
NICODON, à Zoïlin.
Oh ! comme en l'écoutant mon cœur est transporté ! Que de grâce, mon oncle, et que de dignité ! Quel bonheur ce serait que de vivre auprès d'elle !
ZOÏLIN, bas à Nicodon.
Ce monsieur Ariston lui tourne la cervelle.
HORTENSE, à Arislotl.
C'est par exemple encore un trait digne de vous D'avoir, par vos conseils, engagé mon époux A jeter dans le feu l'injurieux libelle Dont hier, en secret, un flatteur infidèle Avait voulu, sous main, rallumer son courroux Contre le vieux Ergaste, en procès avec nous.
ARISTON
Eh ! madame, en cela quelle était donc ma gloire ! J'ai trop facilement gagné cette victoire : L'ouvrage était si plat, si dur, si mal écrit ! Sans doute il fut forgé par quelque bel esprit, Quelque bas écrivain dont la main mercenaire Va vendre au plus vil prix son encre et sa colère.
ZOÏLIN, bas à part.
Ah! morbleu! c'étaitmoi... Connaîtrait-il l'auteur? Fuyons ! je suis rempli de honte et de fureur.
ARISTON, à Zoïlin.
Vous ne connaissez pas ce misérable ouvrage?
ZOÏLIN.
Moi?
ARISTON
Je souhaiterais qu'on pût guérir la rage De ces lâches esprits tout remplis de venin.
ARISTON
Qui, toujours cachés, bravent le genre humain; De ces oiseaux de nuit que la lumière irrite, De ces monstres formés pour noircir le mérite. Que je les hais, monsieur !
HORTENSE, à Arislon.
Vous avez bien raison.
ZOÏLIN, à Nicodon.
Sortons.
NICODON.
Eh non, mon oncle.
ARISTON, à Nicodon.
Écoutez, Nicodon :
Gardez-vous pour jamais de ces traîtres cyniques. Vous hantez les cafés où ces pestes publiques Vont, dit-on, quelquefois faire les beaux esprits, Ramasser les poisons qu'on voit dans leurs écrits. Vous êtes jeune, et simple, et sans expérience; Le monde jusqu'ici n'est pas votre science; Vous pouvez avec eux aisément vous gâter; Madame vous protège, il le faut mériter. Étudiez beaucoup, acquérez des lumières, Pour entrer au barreau, pour régir les affaires ; Rendez-vous digne enfin de quelque honnête emploi. Surtout ne prenez point votre exemple sur moi.
(A Hortense.) Madame, pardonnez cette leçon diffuse; Mais vous le protégez, et c'est là mon excuse. Permettez qu'avec vous j'aille trouver Cléon, Pour résigner l'emploi dont vous m'avez fait don.
(Hortense sort avec Ariston.)