LA PRUDE, ACTE III, SCÈNE IV
Mais un quidam, plus importun peut-être, S'en va venir : c'est monsieur Bartolin.
DORFISE.
Le prétendu? je l'attendais demain; 11 m'a trompée : il revient, le barbare !
COLETTE
Le contre- temps est encor plus bizarre. Ce chevalier, le roi des étourdis, Méconnaissant le patron du logis, Cause avec lui, plaisante, s'évertue, Et le retient malgré lui dans la rue.
DORFISE.
Tant mieux, ô ciel!
COLETTE
Point, madame : tant pis; Car l'indiscret, comme je vous le dis, Ne sachant pas quel est le personnage, Crie hautement, lui riant au visage, Que nul chez vous n'entrera d'aujourd'hui, Que tout le monde est exclu comme lui, Que Bartolin n'est rien qu'un trouble-fète, Et qu'à présent, dans un doux tête-à-tête, Madame, au fond de son appartement, Loin du grand monde est vertueusement.
Le Bartolin, que le dépit transporte, Prétend qu'il va faire enfoncer la porte. Le chevalier, toujours d'un ton railleur, Crève de rire, et l'autre de douleur.
DORFISE.
Et moi de crainte. Ah! Colette, que faire? Où nous fourrer?
Quel est donc ce mystère?
DORFISE.
Ce mystère est que vous êtes perdu,
Que je suis morte. Eh! Colette, où vas-tu?
ADINE
Que deviendrai-je?
DORFISE, à Colette.
Écoute, toi, demeure.
Quel temps il prend! revenir à cette heure!
(4 Adine.) Dans ce réduit cachez-vous tout le soir : Vous trouverez un ample manteau noir, Fourrez-vous-y. Mon Dieu ! c'est lui, sans doute.
ADINE , allant dans le cabinet.
Hélas! voilà ce que l'amour me coûte!
DORFISE.
Ce pauvre enfant, qu'il m'aime !
COLETTE
Eh ! taisez-vous.
On vient : hélas! c'est le futur époux.