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BRUTUS, ACTE IV, SCÈNE III

L'ingrat me Louche encore, et Brutus à mes yeux Paraît un dieu terrible armé contre nous deux. J'aime, je crains, je pleure, et tout mon cœur s'é- Allons. [gare.

TITUS

Non, demeurez.

TULLIE

Que me veux- tu, barbare?

Me tromper, me braver?

TITUS

Ah! dans ce jour affreux Je sais ce que je dois et non ce que je veux; Je n'ai plus de raison, vous me l'avez ravie. Eh bien ! guidez mes pas, gouvernez ma furie; Régnez donc en tyran sur mes sens éperdus; Dictez, si vous l'osez, les crimes de Titus. Non, plutôt que je livre aux flammes, au carnage, Ces murs, ces citoyens qu'a sauvés mon courage; Qu'un père, abandonné par un fils furieux, Sous le fer de Tarquin...

TULLIE

M'en préservent les dieux !

La nature te parle, et sa voix m'est trop chère ! Tu m'as trop bien appris à trembler pour un père. Rassure-toi; Brutus est désormais le mien; Tout mon sang est à toi, qui te répond du sien. Notre amour, mon hymen, mes jours en sont le Je serai dans tes mains sa fille, son otage, [gage: Peux-tu délibérer? Penses-tu qu'en secret Brutus te vît au trône avec tant de regret? Il n'a point sur son front placé le diadème; Mais, sous un autre nom, n'est-il pas roi lui-même? Son règne est d'une année, et bientôt... Mais, hélas! Que de faibles raisons, si tu ne m'aimes pas ! Je ne dis plus qu'un mot. Je pars... et je t'adore. Tu pleures, tu frémis; il en est temps encore: Achève, parle, ingrat; que te faut-il de plus?

TITUS

Votre haine; elle manque au malheur de Titus.

TULLIE

Ah ! c'est trop essuyer tes indignes murmures, Tes vains engagements, tes plaintes, tes injures; Je te rends ton amour dont le mien est confus, Et tes trompeurs serments, pires que tes refus. Je n'irai point chercher au fond de l'Italie Ces fatales grandeurs que je te sacrifie, Et pleurer loin de Rome, entre les bras d'un roi, Cet amour malheureux que j'ai senti pour toi. J'ai réglé mon destin; Romain dont la rudesse N'affecte de vertu que contre ta maîtresse, Héros pour m'accabler, timide à me servir, Incertain dans tes vœux, apprends à les remplir. Tu verras qu'une femme, à tes yeux méprisable, Dans ses projets au moins était inébranlable; Et par la fermeté dont ce cœur est armé, Titus, tu connaîtras comme il t'aurait aimé, [très. An pied de ces murs même où régnaient mes aucè- Dè ces murs que la main défend contre leurs maî- Où tu m'oses trahir cl m'outrager connue eux, [treSj

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