‹ Théâtre completChapitre 1319 sur 1720 · LINDANE, POLLY · texte numérisé non relu

LINDANE, POLLY

POLLY

Vous avez là bien opéré, madame; le ciel daignait vous secourir; vous voulez mourir dans l'indigence; vous voulez que je sois la victime d'une vertu dans laquelle il entre peut-être un peu de vanité; et cette vanité nous perd l'une et l'autre.

LINDANE

C'est à moi de mourir, ma chère enfant; milord ne m'aime plus ; il m'abandonne depuis trois jours; il a aimé mon impitoyable et superbe rivale; il l'aime encore, sans doute; c'en est fait; j'étais trop'coupable en l'aimant; c'est une erreur qui doit finir. {Elle écrit.)

POLLY

Elle parait désespérée; hélas! elle a sujet de l'être; son état est bien plus cruel que le mien : une suivante a toujours des ressources, mais une personne qui se respecte n'en a pas.

LINDANE, ayant plié sa lettre.

Je ne fais pas un bien grand sacrifice. Tiens, quand je ne serai plus, porte cette lettre à celui...

POLLY

Que dites-vous ?

LINDANE

A celui qui est la cause de ma mort : je te recommande à lui; mes dernières volontés le toucheront. Va {Elle l'embrasse), sois sûre que de tant d'amertumes, celle de n'avoir pu te récompenser moi-même n'est pas la moins sensible à ce cœur infortuné.

POLLY

Ah ! mon adorable maîtresse ! que vous me faites verser de larmes et que vous me glacez d'effroi! Que voulez -vous faire? quel dessein horrible! quelle lettre! Dieu me préserve de la lui rendre jamais! {Elle déchire la lettre.) Hélas ! pourquoi ne vous êtes-vous pas expliquée avec milord? Peutêtre que votre réserve cruelle lui aura déplu.

LINDANE

Tu m'ouvres les yeux, je lui aurai déplu, sans doute : mais comment me découvrir au fils de celui qui a perdu mon père et ma famille ?

POLLY

Quoi! madame, ce fut donc le père de milord qui...

LINDANE

Oui, ce fut lui-même qui persécuta mon père, qui le fit condamner à la mort, qui nous a dégradés de noblesse, qui nous a ravi notre existence. Sans père, sans mère, sans bien, je n'ai que ma gloire et mon fatal amour. Je devais détester le fils de Murray; la fortune qui me poursuit me l'a fait connaître; je l'ai aimé, et je dois m'en punir.

POLLY

Que vois-je! vous pâlissez, vos yeux s'obscurcissent...

LINDANE

Puisse ma douleur me tenir lieu du poison et du fer que j'implorais !

POLLY

A l'aide, monsieur Fabrice, à l'aide ! Ma maîtresse s'évanouit.

FABRICE

Au secours ! que tout le monde descende, ma femme, ma servante, monsieur le gentilhomme de là-haut, tout le monde...

{La femme et la servante de Fabrice, et Polly,

emmènent Lindane dans sa chambre.)

LINDANE, en sortant.

Pourquoi me rendez-vous à la vie ?

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