MONROSE, FABRICE
MONROSE
Qu'y a-t-il donc, notre hôte?
FABRICE
C'était cette belle demoiselle, dont je vous ai parlé, qui s'évanouissait; mais ce ne sera rien.
MONROSE
Ah ! tant mieux, vous m'avez effrayé. Je croyais que le feu était à la maison.
FABRICE
J'aimerais mieux qu'il y fût que de voir cette jeune personne en danger. Si l'Ecosse a plusieurs filles comme elle, ce doit être un beau pays.
Quoi ! elle est d'Ecosse ?
FABRICE
Oui, monsieur, je ne le sais que d'aujourd'hui, c'est notre faiseur de feuilles qui me l'a dit, car il sait tout, lui.
MONROSE
Et son nom, son nom?
FABRICE
Elle s'appelle Lindane.
MONROSE
Je ne connais point ce nom-là. (// se promène.) On ne prononce point le nom de ma patrie que mon cœur ne soit déchiré. Peut-on avoir été traité avec plus d'injustice et de barbarie! Tu es mort, cruel Murray, indigne ennemi! ton fils reste; j'aurai justice ou vengeance. Orna femme! mes chers enfants ! ma fille! j'ai donc tout perdu sans ressource! Que de coups de poignard auraient fini mes jours, si la juste fureur de me venger ne me forçait pas à porter dans l'affreux chemin du monde ce fardeau détestable de la vie ! FABRICE, revenant.
Tout va mieux, Dieu merci.
L'ECOSSAISE, ACTE 141, SCÈNE II
MOXROSE.
Comment? quel changement y a-t-il dans les affaires? quelle révolution?
FABRICE
Monsieur, elle a repris ses sens; elle se porte très-bien; encore un peu pâle, mais toujours belle.
MONROSE
Ah ! ce n'est que cela? Il faut que je sorte, que j'aille, que je hasarde.... oui.... je le veux.
(ll'sort.) FABRICE.
Cet homme ne se soucie pas des filles qui s'évanouissent. S'il avait vu Lindane, il ne serait pas si indifférent.