‹ Théâtre completChapitre 1321 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Lady ALTON, ANDRÉ.

LADY ALTON

Oui, puisque je ne peux voir le traître chez lui, je le verrai ici; il y viendra, sans doute. Frelon avait raison; une Écossaise ici dans ce temps de trouble! elle conspire contre l'État; elle sera enlevée, l'ordre est donné : ah! du moins, c'est contre moi qu'elle conspire! c'est de quoi je ne suis que trop sûre. Voici André, le laquais de milord; je serai instruite de tout mon malheur. André, vous apportez ici une lettre de milord, n'est-il pas vrai?

ANDRÉ

Oui, madame.

Elle est pour moi?

ANDRÉ

Non, madame, je vous jure.

LADY ALTON

Comment? ne m'en avez-vous pas apporté plusieurs de sa part ?

ANDRÉ

Oui, mais celle-ci n'est pas pour vous; c'est pour une personne qu'il aime à la folie.

LADY ALTON

Eh bien! ne m'aimait-il pas à la folie, quand il m'écrivait.

ANDRÉ

Oh! que non, madame; il vous aimait si tranquillement! mais ici ce n'est pas de même; il ne dort ni ne mange, il court jour et nuit; il ne parle que de sa chère Lindane ; cela est tout différent, vous dis-je.

LADY ALTON

Le perfide! le méchant homme! N'importe, je

vous dis que cette lettre est pour moi : n'est- elle pas sans dessus?

ANDRÉ

Oui, madame.

LALY ALTON.

Toutes les lettres que vous m'avez apportées n 'étaient-elles pas sans dessus aussi?

ANDRÉ

Oui; mais elle est pour Lindane.

LADY ALTON

Je vous dis qu'elle est pour moi; et, pour vous le prouver, voici dix guinées de port que je vous donne.

ANDRÉ

Ah! oui, madame, vous m'y faites penser, vous avez raison, la lettre est pour vous, je l'avais oublié.... Mais cependant, comme elle n'était pas pour vous, ne me décelez pas; dites que vous l'avez trouvée chez Lindane.

LADY ALTON

Laisse-moi faire.

ANDRÉ

Quel mal , après tout, de donner à une femme une lettre écrite pour une autre? Il n'y a rien de perdu; toutes ces lettres se ressemblent. Si mademoiselle Lindane ne reçoit pas sa lettre, elle en recevra d'autres. Ma commission est faite. Oh! je fais bien mes commissions, moi.

(77 sort.) LADY ALTON ouvre la lettre et lit.

Lisons : Ma chère, ma respectable, ma vertueuse Lindane.... Il ne m'en a jamais tant écrit.... Il y a deux jours, il y a un siècle que je m'arrache au bonheur d'être à vos pieds, mais c'est -pour vos seuls intérêts : je sais qui vous êtes et ce que je vous dois : je périrai ou les choses changeront. Mes amis agissent; comptez sur moi comme sur l'amant le plus fidèle, et sur un homme digne peut-être de vous servir. (Après avoir lu.) C'est une conspiration, il n'en faut point douter : elle est d'Ecosse; sa famille est malintentionnée; le père de Murray a commandé en Ecosse ; ses amis agissent; il court jour et nuit. Dieu merci, j'ai agi aussi; et si elle n'accepte pas mes offres, elle sera enlevée dans une heure, avant que son indigne amant la secoure.

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