LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE I, SCÈNE VI
Qui ne fait rien, de rien ne se tourmente, Qui s'imagine avoir de la beauté Pour être en droit d'avoir de la fierté. Mademoiselle, avec sa froide mine, Ne daigne pas aider à la cuisine; Elle se mire, ajuste son chignon, Fredonne un air en brodant un jupon, Ne parle point, et le soir, en cachette, Lit des romans que le baillif lui prête. Eh bien! voyez, elle ne répond rien.
Je me repens de lui faire du bien.
Elle est muette ainsi qu'une pécore.
MATHURIN
Ah ! c'est tout jeune, et ça n'a pas encore L'esprit formé : ça vient avec le temps.
D1GNANT.
Ma bonne, il faut quelques ménagements Pour une fille; elles ont d'ordinaire De l'embarras dans cette grande affaire : C'est modestie et pudeur que cela.
Comme elle, enfin, vous passâtes par là; Je m'en souviens, vous étiez fort revêche.
BERTHE
Eh ! finissons. Allons, qu'on se dépèche : Quels sots propos! suivez-moi promptement Chez le baillif.
COLETTE, à Âcctnihe.
N'en fais rien, mon enfant.
BERTHE
Allons, Acanthe.
ACANTHE
0 ciel ! que dois -je faire?
COLETTE
Refuse tout, laisse ta belle-mère, Viens avec moi.
berthe, à Acanthe.
Quoi donc! sans sourciller? Mais parlez donc.
ACANTHE
A qui puis-je parler?
DIGNANT.
Chez le baillif, ma bonne, allons l'attendre Sans la gêner, et laissons-lui reprendre Un peu d'haleine.
ACANTHE
Ah ! croyez que mes sens Sont pénétrés de vos soins indulgents; Croyez qu'en tout je distingue mon père.
MATHURIN
Madame Berthe, on ne distingue guère Ni vous ni moi : la belle a le maintien Un peu bien sec, mais cela n'y fait rien ; Et je réponds, dès qu'elle sera nôtre, Qu'en peu de temps je la rendrai tout autre.
(Ils sortent.) ACANTHE.
Ah! que je sens de trouble et de chagrin! Me faudra. t-il épouser Mathurin?