‹ Théâtre completChapitre 1350 sur 1720 · ACANTHE, COLETTE · texte numérisé non relu

ACANTHE, COLETTE

COLETTE

Ah ! n'en fais rien, crois-moi, ma chère amie. Du mariage aurais-tu tant d'envie?

Tu peux trouver beaucoup mieux... que sait-on? Aimerais-tu ce méchant?

Mon Dieu, non.

Mais, vois-tu bien, je ne suis plus soufferte Dans le logis de la marâtre Berthe; Je suis chassée, il me faut un abri; Et par besoin je dois prendre un mari. C'est en pleurant que je cause ta peine. D'un grand projet j'ai la cervelle pleine, Mais je ne sais comment m'y prendre ; hélas ! Que devenir?... Dis-moi, ne sais-tu pas Si monseigneur doit venir dans ses terres?

COLETTE

Nous l'attendons.

ACANTHE

Bientôt?

COLETTE

Je ne sais guères Dans mon taudis les nouvelles de cour : Mais s'il revient, ce doit être un grand jour. Il met, dit-on, la paix dans les familles, Il rend justice, il a grand soin des filles.

ACANTHE

Ah! s'il pouvait me protéger ici!

COLETTE

Je prétends bien qu'il me protège aussi.

ACANTHE

On dit qu'à Metz il a fait des merveilles Qui dans l'armée ont très-peu de pareilles; Que Charles-Quint a loué sa valeur.

COLETTE

Qu'est-ce que Charles-Quint?

Un empereur Qui nous a fait bien du mal.

COLETTE

Et qu'importe?

Ne m'en faites pas, vous, et que je sorte A mon honneur du cas triste où je suis.

ACANTHE

Comme le tien, mon cœur est plein d'ennuis. Non loin d'ici quelquefois on me mène Dans un château de la jeune Dormène

COLETTE

Près de nos bois?... ah ! le plaisant château ! De Mathurin le logis est plus beau, Et Mathurin est bien plus riche qu'elle.

ACANTHE

Oui, je le sais; mais cette demoiselle Est autre chose : elle est de qualité, On la respecte avec sa pauvreté.

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