SCENE II
HERMOGIDE, EUPHORBE, ZÉLONIDE.
HERMOGIDE.
Eh bien, puis-je savoir Si la reine aujourd'hui se résout à me voir? Si je puis obtenir un instant d'audience?
ZÉLONIDE.
Ah! daignez de la reine éviter la présence.
En proie aux noirs chagrins qui viennent la troubler,
Ériphyle, seigneur, peut-elle vous parler?
Solitaire, accablée, et fuyant tout le monde,
Ces lieux seuls sont témoins de sa douleur profonde.
Daignez vous dérober à ses yeux éperdus.
HERMOGIDE.
11 suffit, Zélonide, et j'entends ce refus. J'épargne à ses regards un objet qui la gêne . Hermogide irrité respecte encorla reine; Mais, malgré mon respect, vous pouvez l'assurer Qu'il serait dangereux de me désespérer.
(Il sort avec Euphorbe.)
ZELONIDE.
La voici. Quel effroi trouble son âme émue!
ÉRIPHYLE
Dieux! écartez la main sur ma tête étendue. Quel spectre épouvantable en tousli eux me poursuit! Quels dieux l'ont déchaîné de l'éternelle nuit? Je l'ai vu : ce n'est point une erreur passagère Que produit du sommeil la vapeur mensongère. Le sommeil, à mes yeux refusant ses douceurs, N'a point sur mon esprit répandu ses erreurs. Je l'ai vu.... je le vois.... il vient.... Cruel, arrête! Quel est ce fer sanglant que tu tiens sur ma tête ! Il me montre sa tombe, il m'appelle, et son sang Ruisselle sur ce marbre et coule de son flanc. Eh bien ! m'entraînes-tu dans l'éternel abîme? Portes-tu le trépas? Viens-tu punir le crime?
ZÉLONIDE.
Pour un hymen, ô ciel! quel appareil affreux! Cejoursemblaitpourvousdes jours le plus heureux.
ÉRIPHYLE
Qu'on détruise à jamais ces pompes solennelles. Quelles mains s'uniraient à mes mains criminelles? Je ne puis....
ZÉLONIDE.
Hermogide, en ce palais rendu, S'attendait auj ourd'hui ....
ÉRIPHYLE
Quel nom prononces-tu?
Hermogide, grands dieux! lui de qui la furie Empoisonna les jours de ma fatale vie; Hermogide! ah! sans lui, sans ses indignes feux, Mon cœur, mon triste cœur eût été vertueux.
zélonide. [mente?
Quoi ! toujours le remords vous presse et vous tour-
ériphyle. [glante!
Pardonne, Amphiaraûs, pardonne, ombre san- Cesse de m'effrayer du sein de ce tombeau : Je n'ai point dans tes flancs enfoncé le couteau; Je n'ai point consenti... Que dis-je? misérable!
ZÉLONIDE.
De la mort d'un époux vous n'êtes point coupable. Pourquoi toujours d'un autre adopter les forfaits?
ÉRIPHYLE
Ah! je les ai permis: c'est moi qui les ai faits.
ZÉLONIDE.
Lorsque le roi périt, lorsque la destinée Vous affranchit des lois d'un injuste hyménée, Vous sortiez de l'enfance; et de vos tristes jours Seize printemps à peine avaient formé le cours.
ÉRIPHYLE
C'est cet âge fatal et sans expérience, Ouvert aux passions, faible, plein d'imprudence; C'est cet âge indiscret qui fit tout mon malheur. Un traître avait surpris le chemin de mon cœur : L'aurais-tu pu penser que ce fier Hermogide,