‹ Théâtre completChapitre 144 sur 1720 · ALCMÉON, THÉANDRE · texte numérisé non relu

ALCMÉON, THÉANDRE

THÉ ANDRE

Alcméon, c'est vous perdre. Avez-vous oublié Que de votre destin ma main seule eut pitié? Ah! trop jeune imprudent, songez-vous qui vous Apprenez à cacher vos ardeurs indiscrètes, [êtes? De vos désirs secrets l'orgueil présomptueux Éclate malgré vous et parle dans vos yeux; Et j'ai tremblé cent fois que la reine offensée Ne punit de vos feux la fureur insensée. Qui? vous! jeter sur elle un œil audacieux. Vous le fils de Phaon ! Esclave ambitieux, Fa ut -il vous voir ôter, par vos fougueux caprices, L'honneur de vos exploits, le fruit de vos services, Le prix de tant de sang versé dans les combats?

Pardonne, cher ami, je ne me connais pas. Je l'avoue; oui, la reine et la grandeur suprême Emportent tous mes vœux au delà de moi-même. J'ignore pour quel roi ce bras a triomphé : Mais, pressé, d'un dépit avec peine étouffé, A mon cœur étonné c'est un secret outrage Qu'un autre enlève ici le prix de mon courage; Que ce trône ébranlé, dont je fus le rempart,

Dépende d'un coup d'œil ou se donne au hasard. Que dis-jc? hélas ! peut-être est-il le prix du crime ! Mais non, n'écoutons point le transport qui m'a- Hermogide... à quel roi me faut-il obéir? [nime. Quoi! toujours respecter ceux que l'on doit haïr! Ah! si la vertu seule, et non pas la naissance...

THÉANDRE

Écoutez. J'ai sauvé, j'ai chéri votre enfance; Je vous tins lieu de père, orgueilleux Alcméon ; J'en eus l'autorité, la tendresse et le nom : . Vous passez pour mon fils; la fortune sévère, Inégale en ses dons, pour vous marâtre et mère, De vos jours conservés voulut mêler le fil De l'éclat le plus grand et du sort le plus vil. Sous le nom de soldat et du fils de Théandrc, Aux honneurs d'un sujet vous avez pu prétendre. Vouloir monter plus haut, c'est tomber sans retour. On saura le secret que je cachais au jour; Les yeux de cent rivaux éclairés par leurs haines Verront sous vos lauriers les marques de vos chaî- Reconnu, méprisé, vous serez aujourd'hui [nés; La fable des États dont vous étiez l'appui.

ALCMÉON

Ah! c'est ce qui m'accable et qui me désespère. Il faut rougir de moi, trembler au nom d'un père; Me cacher par faiblesse aux moindres citoyens, Et reprocher ma vie à ceux dont je la tiens. Préjugé malheureux! éclatante chimère Que l'orgueil inventa, que le faible révère, Par qui je vois languir le mérite abattu [vertu. Aux pieds d'un prince indigne ou d'un grand sans Les mortels sont égaux : ce n'est point la naissance, C'est la seule vertu qui fait leur différence. C'est elle qui met l'homme au rang des demi-dieux, Et qui sert son pays n'a pas besoin d'aïeux. Princes, rois, la fortune a fait votre partage: Mes grandeurs sont à moi ; mon sort est mon ou- Et ces fers si honteux, ces fers où je naquis, [vrage. Je les ai fait porter aux mains des ennemis. Je n'ai plus rien du sang qui m'a donné la vie: Il a dans les combats coulé pour la patrie: Je vois ce que je suis et non ce que je fus, Et crois valoir au moins des rois que j'ai vaincus.

THÉANDRE

Alcméon, croyez-moi, l'orgueil qui vous inspire, Que je dois condamner et que pourtant j'admire, Ce principe éclatant de tant d'exploits fameux, En vous rendant si grand, vous fait trop malheureux. Contentez-vous, mon fils, de votre destinée; D'une gloire assez haute elle est environnée. On doit...

ALCMÉON

Non, je ne puis; au point où je me voi, Le faîte des grandeurs n'est plus trop haut pour moi. Je le vois d'un œil fixe, et mon âme affermie S'élève d'autant plus que j'eus plus d'infamie. A l'aspect d'Hermogide une secrète horreur Malgré moi, dès longtemps, s'empara de mou cœur; Et cette aversion, que je retiens à peine,

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