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SCÈNE IV

LE PRÉSIDENT, LA PRÉSIDENTE, MADAME LA COMTESSE, FANCHON, LE CHEVALIER.

LA PRÉSIDENTE

Mes filles, voici un de mes malades que je vous recommande : je veux que vous en ayez soin ce soir à souper.

Ah ! ma mère, si nous en aurons soin ! Il sera entre nous deux, et ce sera moi qui le servirai.

LE PRÉSIDENT

Ce jeune gentilhomme, mes filles, est un des grands astrologues que nous ayons : ne manquez pas de lui bien faire les honneurs de la maison.

LE CHEVALIER

Ah ! monsieur, je revois la brillante comète dont la vue est si charmante.

LE PRÉSIDENT

J'ai beau guigner, je ne vois rien.

LE CHEVALIER

C'est que vous ne regardez pas avec les mômes yeux que moi.

LA PRÉSIDENTE

Eh bien! madame la comtesse, serez-vous toujours triste? et ne pourrai-je point purger cette mauvaise humeur? J'ai deux filles bien différentes. Vous diriez Démocrite et Heraclite : l'une a l'air d'une veuve affligée; et cette étourdie-ci rit toujours. Il faut que je donne des gouttes d'Angleterre à l'une, et de l'opium à l'autre.

LA COMTESSE

Hélas ! madame, vous me traitez de veuve; il est trop vrai que je le suis. Vous m'avez mariée, et je n'ai point de mari : M. le comte s'est mis dans la tète qu'il dérogerait s'il m'aimait. J'ai le malheur de respecter des nœuds qu'il néglige, et de l'aimer parce qu'il est mon mari, comme il me méprise pai ce que je suis sa femme : je vous avoue que j'en suis inconsolable.

Votre mari est un jeune fat, et toi une sotte, ma chère fille : je n'ai point de remèdes pour des cas si désespérés. Le comte ne vous voit point du tout la nuit ; rarement le jour. Je sais bien que l'affront est sanglant ; mais enfin c'est ainsi que M. le président en use avec moi depuis quinze ans : vois-tu que je m'arrache les cheveux pour cela?

FANCHON

La chose est un peu différente : pour moi, si j'étais à la place de ma sœur aînée, je sais bien ce que je ferais.

LA PRÉSIDENTE

Eh quoi, coquine?

FANCHON

Ce qu'elle est assez sotte pour ne pas faire.

LE PRÉSIDENT

J'ai beau observer, je me donne le torticolis, et je ne découvre rien. Je vois bien que vous êtes plus habile que moi : oui, vous êtes venu tout à propos pour me tirer de bien des embarras.

LE CHEVALIER

Il n'y a rien que je ne voulusse faire pour vous.

LE PRÉSIDENT

Vous voyez, monsieur, mes deux filles : l'une est malheureuse parce qu'elle a un mari; et celle-ci commence à l'être parce qu'elle n'en a point. Mais ce qui me désoriente et me fait voir des étoiles en plein midi...

Eh bien, mon père?

LE CHEVALIER

Eh bien, monsieur?

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