LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE II, SCÈNE VI
THERESE
Ali ! ma pauvre petite Barbe, je m'en vais pleurer à mon tour.
MADAME BARBE
Allez, ne pleurez point, M. le comte de Boursoufle est arrivé , et vous allez être madame la comtesse.
THÉRÈSE
Dis-tu vrai ? Est-il possible? Ne me trompes-tu point, ma chère Barbe? 11 y a ici un mari pour moi ! un mari, un mari! Qu'on me le montre! Où est-il, que je le voie, que je voie M. le comte! Me voilà mariée, me voilà comtesse, me voilà à Paris ! Je ne me sens pas de joie; viens, que je t'embrasse, que je t'étouffe de caresses.
MADAME BARBE
Le bon petit naturel !
THÉRÈSE
Premièrement, une grande maison, un équipage magnifique, des diamants1, et l'Opéra tous les jours, et toute la nuit à jouer, et tous les jeunes gens amoureux de moi, et toutes les femmes jalouses! La tète me tourne, la tète me tourne de plaisir.
MADAME BARBE
Contenez-vous donc un peu , s'il vous plaît; tenez, voilà votre mari qui vient, voyez s'il n'est pas beau et bien fait.
THÉRÈSE
Oh! je l'aime déjà de tout mon cœur. Ne dois-je pas courir l'embrasser, madame Barbe?
MADAME barbe, la retenant.
Non vraiment, gardez-vous-en bien; il faut, au contraire, être sur la réserve.
THÉRÈSE
Mais puisqu'il est mon mari et que je le trouve joli!
MADAME BARBE
Il vous mépriserait si vous lui montriez trop d'affection.
THÉRÈSE
Ah ! je vais donc bien me retenir.