‹ Théâtre completChapitre 157 sur 1720 · ALCMÉON, THÉANDRE · texte numérisé non relu

ALCMÉON, THÉANDRE

ACLMÉON.

Tu le vois, j'ai franchi cet intervalle immense Que mit du trône à moi mon indigne naissance. Oui, tout me favorise; oui, tout sera pour moi. Vainqueur de tous côtés, on m'aime et je suis roi; Tandis que mon rival, méditant sa vengeance, Va des rois ennemis implorer l'assistance. L'hymen me paye enfin le prix de ma valeur; Je ne vois qu'Ëriphyle, un sceptre et mon bonheur.

THÉANDRE

Et les dieux !...

ALCMÉON

Que dis-tu? ma gloire est leur ouvrage.

Au pied de leurs autels je viens en faire hommage.

Entrons...

(Alcméon et Théandre marchent vers la porte du temple.)

Ces murs sacrés s'ébranlent à mes yeux!...

Quelle plaintive voix s'élève dans ces lieux ?

THÉANDRE

Ah ! mon fils, de ce jour les prodiges funestes Sont les avant-coureurs des vengeances célestes. Craignez...

ALCMÉON

L'air s'obscurcit... Qu'entends-jc? quels éclats!

THÉANDRE

O ciel !

ALCMÉON

La terre tremble et fuit devant mes pas.

THÉANDRE

Les dieux môme ont brisé l'éternelle barrière Dont ils ont séparé l'enfer et la lumière. Ainphiaraùs, dit-on, bravant les lois du sort,

Apparaît aujourd'hui du séjour de la mort : Moi-même, dans la nuit, au milieu du silence,, J'entendais une voix qui demandait vengeance. « Assassins, disait-elle, il est temps de trembler; Assassins, l'heure approche, et le sang va couler. La vérité terrible éclaire enfin l'abîme Où dans l'impunité s'était caché le crime. » Ces mots, je l'avouerai, m'ont glacé de terreur.

alcméon. [reur.

Laisse, laisse aux méchants l'épouvante et l'hor- C'est sur leurs attentats que mon espoir se fonde; Ce sont eux qu'on menace, et si la foudre gronde, La foudre me rassure, et ce ciel que tu crains, Pour les mieux écraser, la mettra dans mes mains.

THÉ ANDRE

Eh! c'est ce qui pour vous m'effraye et m'intimide. alcméon. [gide?

Crains-tu donc que mon bras ne punisse Hermo- Lui, l'ennemi des dieux, des hommes et des lois! Lui, dont la main versa tout le sang de nos rois! Quand pourrai-je venger ce meurtre abominable?

THÉ ANDRE

Je souhaite, Alcméon, qu'il soit le moins coupable.

ALCMÉON

Comment, que me dis-tu ?

THÉANDRE

De tristes vérités.

Peut-être contre vous les dieux sont irrités.

ALCMÉON

Contre moi !

THÉANDRE

Des héros imitateur fidèle, Vous jurez aux forfaits une guerre immortelle; Vous vous croyez, mon fils, armé pour les venger: Gardez de les défendre et de les partager.

ALCMÉON

Comment ! que dites-vous ?

THÉANDRE

Vous êtes jeune encore :

A peine aviez-vous vu votre première aurore, Quand ce roi malheureux descendit chez les morts. Peut-être ignorez-vous ce qu'on disait alors, Et de la cour du roi quel fut l'affreux langage.

alcméon.

Eh bien ?

THÉANDRE

Je vais vous faire un trop sensible outrage ; Le secret est horrible, il faut le révéler : Je vous tiens lieu de père et je dois vous parler.

ALCMÉON

Eh bien ! que disait-on ? achève.

THÉANDRE

Que la reine Avait lié son cœur d'une coupable chaîne; Qu'au barbare Hermogide elle promit sa main, Et jusqu'à son époux conduisit l'assassin.

ALCMÉOX.

Rends grâce à l'amitié qui pour toi m'intéresse : Si tout autre que toi soupçonnait la princesse,

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