TANIS, ZÉLIDE
TANIS
Princesse, dans mes yeux vous lisez mon offense ; Mon crime éclate devant vous.
Je crains la céleste vengeance ; Mais je crains plus votre courroux.
J'ignore à quels desseins votre cœur s'abandonne, Je vois en vous mon défenseur.
S'il est un crime au fond de votre cœur, Je sens que le mien vous pardonne.
TANIS
Un berger vous adore, et vous lui pardonnez !
Ah ! je tremblais à vous le dire :
J'ai bravé les fronts couronnés,
Et leur éclat, et leur empire; Mon orgueil me trompait; j'écoutai trop sa voix !
Cet orgueil s'abaisse; il commence,
Depuis le jour que je vous vois, A sentir qu'entre nous il est trop de distance.
ZÉLIDE
Il n'en est point, Tanis; et, s'il en eût été,
L'amour l'aurait fait disparaître.
Ce n'est pas des grandeurs où les dieux m'ont fait
Que mon cœur est le plus flatté. [naître
TANIS
L'amant que votre cœur préfère Devient le premier des humains; Vous voir, vous adorer, vous plaire, Est le plus brillant des destins :
Mais quand vous m'êtes propice,
Le ciel paraît en courroux ;
J'aurais cru que sa justice
Pensait toujours comme vous.
Non, je ne puis douter que le ciel ne vous aime.
TANIS
Je viens d'entendre ici son oracle suprême : L'Amour doit dans Memphis me punir à vos yeux.
ZÉLIDE
Vous punir? vous, Tanis! quelle horrible injustice!
Ah ! que plutôt Memphis périsse !
Évitons ces murs odieux, Évitons cette ville impie et meurtrière. Je renonce à Memphis, je demeure en ces lieux : Vos lois seront mes lois, vos dieux seront mes dieux :
Tanis me tiendra lieu de la nature entière : Je n'y vois plus rien que nous deux.