‹ Théâtre completChapitre 160 sur 1720 · ÉRIPHYLE, ACTE IV, SCENE V · texte numérisé non relu

ÉRIPHYLE, ACTE IV, SCENE V

Vous ne rejetez plus mon encens et mes vœux!

( A Al cm é on.) Recevez donc ma main...

LES ACTEURS PRÉCÉDENTS, L'OMBRE D'AMPHIARAl S.

(Le temple s'ouvre, l'ombre d"1 Amphiaraiis paraît à Ventrée de ce temple dans une posture menaçante.)

l'ombre d'amphïaraus.

Arrête, malheureux !

ÉRIPHYLE

Amphiaraûs ! ô ciel ! où suis-je ?

ALCMÉON

Ombre fatale, Quel dieu te fait sortir de la nuit infernale? Quel est ce sang qui coule? et quel es-tu? l'ombre.

Ton roi.

Si tu prétends régner, arrête, et venge-moi.

ALCMÉON

Eh bien ! mon bras est prêt; parle, que dois-je faire?

l'ombre.

Me venger sur ma tombe.

ALCMÉON

Eh! de qui?

l'ombre.

De ta mère.

ALCMÉON

Ma mère! que dis-tu? quel oracle confus! Mais l'enfer le dérobe à mes yeux éperdus. Les dieux ferment leur temple!

(V ombre rentre dans le temple, qui se referme.)

ÉRIPHYLE, suite, ALCMÉON, THÉANDRE, ZÉLONIDE.

THÉANDRE

O prodige effroyable!

ALCMÉON

O d'un pouvoir funeste oracle impénétrable!

ÉRIPHYLE

A peine ai-jc repris l'usage de mes sens!

Quel ordre ont prononcé ces horribles accents?

De qui demandent-ils le sanglant sacrifice?

ALCMÉON

Ciel! peux-tu commander que ma mère périsse!

ÉRIPHYLE, à Théandre.

Voire épouse, sa mère, a terminé ses jours?

ALCMÉON

Hélas ! le ciel vous trompe et me poursuit toujours. Théandre jusqu'ici m'a tenu lieu de père; Je ne suis pas son fils, et je n'ai plus de mère.

ÉRIPHYLE

Vous n'êtes point son fils! Dieux! que d'obscurités!

ALCMÉON

Je n'entends que trop bien ces mânes irrités.

Je commence à sentir que les deslins sont justes, Que je ne suis point né pour ces grandeurs augustes,

Que j'ai dû me connaître.

ÉRIPHYLE

Ah! qui que vous soyez, Cher Alcméon, mes jours à vos jours sont liés.

ALCMÉON

Non, reine, devant vous je ne dois point paraître.

ÉRIPHYLE, à Théandre.

11 n'est point votre fils', et qui donc peut-il être?

ALCMÉON

Je suis le vil jouet des destins en courroux: Je suis un malheureux trop indigne de vous.

ÉRIPHYLE

Hélas! au nom des traits d'une si vive flamme, Par l'amour et l'effroi qui remplissent mon àme, Par ce cœur que le ciel forma pour vous aimer, Par ces flambeaux d'hymen que je veux rallumer, Ne vous obstinez point à garder le silence. Hélas! je m'attendais à plus de confiance.

(A Théandre.) Théandre, revenez, parlez, répondez-moi.

Sans doute il est d'un sang l'ait pour donner la loi. Quel héros ou quel dieu lui donna la naissance ?

THÉANDRE

Mes mains ont autrefois conservé son enfance; J'ai pris soin de ses jours à moi seul confiés. Le reste est inconnu; mais, si vous m'en croyez, Si, parmi les horreurs dont frémit la nature, Vous daignez écouter ma triste conjecture, Vous n'achèverez point cet hymen odieux.

Ah! je l'achèverai, même en dépit des dieux.

(A Alcméon.) Oui, fussiez-vous le fils d'un ennemi perfide, Fussiez-vous né du sang du barbare Hcrmogide, Je veux être éclaircie.

ALCMÉON

Eh bien, souffrez du moins Que je puisse un moment vous parler sans témoins, Pour la dernière fois vous m'entendrez peut-être; Je vous avais trompée, et vous m'allez connaître.

ÉRIPHYLE

Portez. De toutes parts ai-jc donc à trembler?

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