‹ Théâtre completChapitre 164 sur 1720 · ÉRIPHYLE, ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ÉRIPHYLE, ACTE V, SCENE II

Pour se donner un roi renversent la patrie. Vous voyez devant vous ces vieillards désolés, Qu'au pied de nos autels la crainte a rassemblés; Ces vénérables chefs de nos tristes familles, Ces enfants éplorés, ces mères et ces filles Qui cherchent en pleurant d'inutiles secours Dans le temple des dieux armés contre nos jours.

ÉRIPHYLE, aux femmes qui l'entourent.

Hélas! de mes tourments compagnes gémissantes, Puis-jc au ciel avec vous lever mes mains tremblantes?

J 'ai fai t tous vos malheurs ; oui, c'est moi qui sur vous Des dieux que j'offensai fais tomber le courroux. Oui, vous voyez la mère, hélas! la plus coupable, La mère la plus tendre et la plus misérable.

LE CHOEUR

Vous, madame!

ÉRIPHYLE

Alcméon, ce prince, ce héros Qui soutenait mon trône et qui vengeait Argos, Lui pour qui j'allumais les flambeaux d'hymônée, Lui pour qui j'outrageais la nature étonnée, Lui dont l'amitié tendre abusait mes esprits...

LE CHOEUR

Ah! qu'il soit votre époux.

ÉRIPHYLE

Peuples, il est mon fils.

LE CHOEUR

Qui? lui!

ÉRIPHYLE

D'Amphiaraùs c'est le précieux reste.

L'horreur de mon destin l'entraînait à l'inceste: Les dieux aux bords du crime ont arrêté ses pas. Dieux, qui nie poursuivez, ne l'en punissez pas! Rendez ce fils si cher à sa mère éplorée; Sa mère fut cruelle et fut dénaturée; Que mon cœur est changé! Dieux! si le repentir Fléchit votre vengeance et peut vous attendrir, Ne pourrai-je attacher sur sa tête sacrée Cette couronne, hélas! que j'ai déshonorée? Qu'il règne, il me suffit, dùt-il en sa fureur...

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