‹ Théâtre completChapitre 19 sur 1720 · V. sa Préface, édit. de · texte numérisé non relu

V. sa Préface, édit. de

i. «L'idée, a-t-d dit dans une de ses lettres, parlant de Zaïre, l'idée me vint de faire contraster dans un même tableau les mœurs îles mahoniétaiis et celles des chrétiens, la cour d'un soudan et celle d'un roi de France. »

5. V. su lettre à Dumarsais, octobre 1755. — L'Orphelin est une

des pièces qu'il corrigea le plus, même pendant les représentations, ce qui était d'autaut plus gênant pour les acteurs, qu'il était alors loin de Paris, aux Délices : Il y a trois pièces pour une, disait-on, celle qu'on joue, celle qui est en route, et celle qui partira demain.

6. « Qu'on ne dise point que Zaïre, Alzire et Mahomet sont des sujets de pure fiction : les noms des deux premières pièces sont imaginés; mais le fond des faits est historique. » Voilà ce qu'on lit dans un article du Journal encyclopédique (juillet 17G2, p. 123), et qui est bien certainement de Voltaire, dont on connaît les rapports avec ce journal.

7. Fréron lui-même, [Lettres sur quelques écrits... 15 juillet 17Î9) et le très-sévère Collé (Journal, t. Il, p. 30) reconnaissent l'originalité A' Alzire. Pour les Allemands c'est le chef-d'œuvre de Voltaire (Blaze de Bury, p. 947).

8. Ce sont ces paroles de Guise à un protestant qui se trouvent mises en vers au dénouement à Alzire : « Or, je veux vous montrer combien la religion que je tiens est plus douice que celle de qaoy vous faites profession. La vôtre vous a conseillé de nie tuer, n'ayant reçu de moy aulcune offense, et la mienne nie coniinar.de que je vous pardonne... »

xvin VOLTAIRE AU THÉÂTRE.

homme de la chambre du Roi, le titre d'historiographe ; c'est elle enfin qui finit par lai aplanir la route de l'Académie, qu'il s'était lui-même semée de tant d'embûches, hérissée de tant d'épines.

La marquise lui enseigna presque la tendresse, à force d'en avoir pour lui ; elle veilla sur sa gloire, en surveillant son esprit ; elle le voulut grand, elle fit presque devenir. Il n'a pas, pendant les années qu'il est guidé par elle — autant du moins qu'il peut l'être — les écarts de méchante envie et de vilaine haine que, plus tard, il se permettra beaucoup trop, en la mesquine compagnie de sa nièce, la petite bourgeoise madame Denis, et sous son aiguillon. Chez la marquise, il ne s'inspire que de haut. A la chaleur d'ame et au sentiment élevé qu'il met dans ses œuvres, on devine sous quels regards et pour quelle attention il les travaille; on sent par quels échos émus elles ont d'abord passé. N'est-ce pas en ce temps-là qu'il écrit presque toutes ses meilleures pièces : Alzire, Mahomet, Mérope, Namne, Sémiramis?

Ajoutons, quoique moins heureuse, Adélaïde Du Guesclin, la première qu'il fit sous celle inspiration, et dans laquelle on trouve quelque chose des sentiments chevaleresques de celte grande maison Du Châlelet-Lorraine, dont il était l'hôte; en même temps qu'une velléité de faire, lui aussi, une pièce nationale, comme il en avait vu dans Shakespeare.

A l'entendre, en effet, cette Adélaïde n'est pas moins qu'une tragédie toute d'histoire, et la preuve c'est qu'il l'a prise, dit-il, dans les chroniques de Bretagne. Elle n'obtint qu'un faible succès. Il la refit sous un titre nouveau : le Duc de Foix, et, à cet effet, la transforma, la dépaysa complètement, sans lui rien laisser de breton : elle n'en resta pas moins pour lui une pièce historique1 !

Il attribuait aussi ce caractère à son Tancrède, qu'il fit bien plus tard, et qui, avec ses conciliabules de chevaliers républicains, ses grands mois de liberté et de patrie, lui semblait en outre tout empreint des plus purs sentiments d'indépendance et de patriotisme.

Ces sentiments-là sont sans doute et très-chaleureusement dans sa pièce, mais par malheur, Emilie n'étant plus là, ils ne dominaient plus assez dans sa vie. Il a dédié Tancrède à madame de Pompadour. Qu'y deviennent les idées de liberté sous une pareille dédicace? Lorsqu'il l'a écrit, la France souffrait, et, lui, il ne pensait qu'à rire! Nous étions au plus rude moment de la funeste guerre de Sept ans ; le Canada, la plus belle de nos colonies, nous échappait, et il n'avait pas honte d'écrire : «Que faire donc? Donner Tancrède en décembre, l'imprimer en janvier, et rire2! » Peut-on parler après cela de son patriotisme ?

Mahomet, à le bien prendre, et si l'on veut absolument trouver chez Voltaire une tragédie un peu historique et politique, est celle de toutes qui nous paraît l'être le mieux, en admettant toutefois — ce qu'il ne contestait pas, et ce qui nuit fort à la vérité de couleur — que le fanatisme qu'il y attaque est bien moins le fanatisme musulman, dont il s'inquiétait peu, que, sous son nom, le fanatisme chrétien, dont il s'inquiétait trop 3.

Il s'y croyait si bien hors du roman que, pour se délasser de l'histoire qu'il s'imaginait y brasser en rimes, et qui n'était pas dans ses habitudes de tragédie, il écrivit en même lemps Zulime, une pièce toute romanesque. Il la composa, pour ainsi dire, dans les entr'actes de son Mahomet, et comme en parlant : il la récita en effet moins qu'il ne l'écrivit4. Elle se ressentit de cette hâte, elle tomba.

Il lui avait donné le pas sur Mahomet, qui était sa grande partie : « Vous ordonnez toujours, et je rabote toujours, écrivait-il, le 23 mars 1740, à d'Argental, mais Zulime réussirat-cllc ? je l'espère à la fin. J'ai relu ce cinquième acte avec quelque satisfaction. Marions donc

1. Voltaire la relira le 18 février 1735, un mois juste après la première représentation,

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