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VENDOME, ADÉLAÏDE, TAISE

ADÉLAÏDE

Ah! prince, en quel état laissez-vous votre frère?

VENDÔME

Madame, par mes mains son sang est arrêté. Il a repris sa force et sa tranquillité. Je suis le seul à plaindre et le seul en alarmes: Jemouille en frémissant mes lauriers de mes larmes, Et je hais ma victoire et mes prospérités, Si je n'ai par mes soins vaincu vos cruautés; Si votre incertitude, alarmant mes tendresses, Ose encor démentir la foi de vos promesses.

ADÉLAÏDE

Je ne vous promis rien : vous n'avez point ma foi ; Et la reconnaissance est tout ce que je doi.

vexdôme. [mage....

Quoi! lorsque de ma main je vous offrais l'bom-

ADÉLAÏDE

D'un si noble présent j'ai vu tout l'avantage ; Et, sans chercher ce rang qui ne m'était pas dû, Par de justes respects je vous ai répondu. Vos bienfaits, votre amour et mou amitié même, Tout vous flattait sur moi d'un empire suprême; Tout vous a fait penser qu'un rang si glorieux, Présenté par vos mains, éblouirait mes" yeux. Vous vous trompiez : il faut rompre enflnîe silence. ïe vais vous offenser; je me fais violence : Mai-, réduite à parler, je vous dirai, seigneur,

Que l'amour de mes rois est gravé dans mon cœur. De votre sang au mien je vois la différence; Mais celui dont je sors a coulé pour la France. Ce digne connétable en mon cœur a transmis La haine qu'un Français doit à ses ennemis; Et sa nièce jamais n'acceptera pour maître L'allié des Anglais, quelque grand qu'il puisse être. Voilà les sentiments que son sang m'a tracés, Et s'ils vous font rougir, c'est vous qui m'y forcez.

VENDÔME

Je suis, je l'avouerai, surpris de ce langage ; Je ne m'attendais pas à ce nouvel outrage Et n'avais pas prévu que Je sort en courroux, Pour m'accabler d'affronts, dût se servir de vous. Vous avez fait, madame, une secrète étude Du mépris, de l'insulte et de l'ingratitude; Et votre cœur enfin, lent à se déployer, Hardi par ma faiblesse, a paru tout entier. Je ne connaissais pas tout ce zèle héroïque, Tant d'amour pour vos rois ou tant de politique. Mais, vous qui m'outragez, me connaissez-vous bien? Vous reste-t-il ici de parti que le mien? Vous qui me devez tout, vous qui, sans ma défense, Auriez de ces Français assouvi la vengeance, De ces mêmes Français, à qui vous vous vantez De conserver la foi d'un cœur que vous m'ôtez ! Est-ce donc Là le prix de vous avoir servie?

ADÉLAÏDE

Oui, vous m'avez sauvée; oui, je vous dois la vie; Mais, seigneur, mais, hélas ! n'en puis-je disposer? Me la conserviez-vous pour la tyranniser?

VENDÔME

Je deviendrai tyran, mais moins que vous, cruelle ; Mes yeux lisent trop bien dans votre àme rebelle; Tous vos prétextes faux m'apprennent vos raisons : Je vois mon déshonneur, je vois vos trahisons. Quel que soit l'insolent que ce cœur me préfère, Redoutez mon amour, tremblez de ma colère : C'est lui seul désormais que mon bras va chercher. De son cœur tout sanglant j'irai vous arracher: Et si, dans les horreurs du sort qui nous accable, De quelque joie encor ma fureur est capable. Je la mettrai, perfide, à vous désespérer.

ADÉLAÏDE

Non, seigneur, la raison saura vous éclairer. Non, votre àme est trop noble, elle est trop élevée. Pour opprimer ma vie, après l'avoir sauvée. Mais si votre grand cœur s'avilissait jamais Jusqu'à persécuter l'objet de vos bienfaits, Sachez que ces bienfaits, vos vertus, votre gloire, Plus que vos cruautés vivront dans ma mémoire. Je vous plains, vous pardonne, et veux vous respi c- Je vous ferai rougir de me persécuter; [ter,

Et je conserverai, malgré votre menace, Une àme sans courroux, sans crainte, et sans audace.

VENDÔME

Arrêtez; pardonnez aux transports égarés, Aux fureurs d'un amant que vous désespérez. Je vois trop qu'avec vous Coucy d'intelligence

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