SCÈNE II
VENDOME, seul.
Le sang, l'indigne sang qu'a demandé ma rage, Sera du moins pour moi le signal du carnage. Un bras vulgaire et sur va punir mon rival ; Je vais être servi: j'attends l'heureux signal. Nemours, tu vas périr, mon bonheur se prépare... Un frère assassiné ! quel bonheur ! Ah ! barbare ! S'il est doux d'accabler ses cruels ennemis, Si ton cœur est content, d'où vient que tu frémis? Allons... Mais quelle voix gémissante et sévère Crie au fond de mon cœur: «Arrête, il est ton frère ! » Ah! prince infortuné! dans ta haine affermi, Songe à des droits plus saints; Nemours fut ton ami! 0 jours de notre enfance! ô tendresses passées ! Il fut le confident de toutes mes pensées. Avec quelle innocence et quels épanchements Nos cœurs se sont appris leurs premiers sentiments ! Que de fois, partageant mes naissantes alarmes,
D'une main fraternelle essuya-t-il mes larmes ! Et c'est moi qui l'immole ! et cette même main D'un frère que j'aimai déchirerait le sein ! 0 passion funeste ! ô douleur qui m'égare ! Non, je n'étais point né pour devenir barbare.
Je sens combien le crime est un fardeau cruel
Mais que dis-je? Nemours est le seul criminel. Je reconnais mon sang, mais c'est à sa furie ; Il m'enlève l'objet dont dépendait ma vie ; Il aime Adélaïde... Ah! trop jaloux transport ! Il l'aime; est-ce un forfait qui mérite la mort ! Hélas! malgré le temps, et la guerre, et l'absence, Leur tranquille union croissait dans le silence ; Ils nourrissaient en paix leur innocente ardeur, Avant qu'un fol amour empoisonnât mon cœur. Mais lui-même il m'attaque, il brave ma colère; Il me trompe, il me hait : n'importe, il est mon Il ne périra point. Nature, je me rends; [frère ! Je ne veux point marcher sur les pas des tyrans. Je n'ai point entendu le signal homicide, L'organe des forfaits, la voix du parricide : Il en est encor temps.