‹ Théâtre completChapitre 254 sur 1720 · VENDOME, ADÉLAÏDE · texte numérisé non relu

VENDOME, ADÉLAÏDE

ADÉLAÏDE

Vous l'emportez, seigneur, et puisque votre haine (Comment puis-je autrement appeler en ce jour Ces affreux sentiments que vous nommez amour?), Puisqu'à ravir ma foi votre haine obstinée Veut ou le sang d'un frère, ou ce triste hyménée... Puisque je suis réduite au déplorable sort Ou de trahir Nemours, ou de hâter sa mort, Et que, de votre rage et ministre et victime, Je n'ai plus qu'à choisir mon supplice et mon crime, Mon choix est fait, seigneur, et je me donne à vous. Par le droit des forfaits vous êtes mon époux. Brisez les fers honteux dont vous chargez un frère ; De Lille sous ses pas abaissez la barrière : Que je ne tremble plus pour des jours si chéris. Je trahis mon amant, je le perds à ce prix. Je vous épargne un crime et suis votre conquête; Commandez, disposez, ma main est toute prête. Sachez que cette main, que vous tyrannisez, Punira la faiblesse où vous me réduisez; [duire... Sachez qu'au temple même, où vous m'allez con- Mais vous voulez ma foi, ma foi doit vous suffire. Allons... Eh quoi! d'où vient ce silence affecté? Quoi ! votre frère encor n'est point en liberté ?

VENDÔME

Mon frère?

ADÉLAÏDE

Dieu puissant ! dissipez mes alarmes!

Ciel! de vos yeux cruels je vois tomber des larmes !

VENDÔME

Vous demandez sa vie'...

ADÉLAÏDE

Ah! qu'est-ce que j'entends?

Vous qui m'aviez promis...

VENDÔME

Madame, il n'est plus temps.

ADÉLAÏDE

Il n'est plus temps! Nemours...

Il est trop vrai, cruelle!

Oui, vous avez dicté sa sentence mortelle. Coucy pour nos malheurs a trop su m'obéir. Ah ! revenez à vous, vivez pour me punir ; Frappez : que votre main, contre moi ranimée, Perce un cœur inhumain qui vous a trop aimée, Un cœur dénaturé qui n'attend que vos coups! Oui, j'ai tué mon frère, et l'ai tué pour vous. Vengez sur un amant coupable et sanguinaire Tous les crimes affreux que vous m'avez fait faire.

ADÉLAÏDE

Nemours est mort? barbare!...

VENDÔME

Oui ; mais c'est de ta main Que son sang veut ici le sang de l'assassin.

ADÉLAÏDE, soutenue par Taise, et presque évanouie. Il est mort !

VENDÔME

Ton reproche...

ADÉLAÏDE

Épargne ma misère :

Laisse-moi, je n'ai plus de reproche à te faire. Va, porte ailleurs ton crime et ton vain repentir. Je veux encor le voir, l'embrasser et mourir.

VENDÔME

Ton horreur est trop juste. Eh bien! Adélaïde, Prends ce fer, arme-toi, mais contre un parricide. Je ne mérite pas de mourir de tes coups; Que ma main les conduise.

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