ACTE I, SCENE II
LISOIS
Il en est peu, madame, Contre les passions qui subjuguent son âme; Et son emportement a droit de m' alarmer. Le prince est soupçonneux, et j'osai vous aimer. Quels que soient les ennuis dont votre cœur soupire, Je vous ai déjà dit ce que j'ai du vous dire. Laissez-moi ménager son esprit ombrageux; Je crains d'effaroucher ses feux impétueux. Je sais à quel excès irait sa jalousie, Quel poison mes discours répandraient sur sa vie : Je vous perdrais peut-être, et mes soins dangereux, Madame, avec un mot, feraient trois malheureux. Vous, à vos intérêts rendez-vous moins contraire, Pesez sans passion l'honneur qu'il vous veut faire. Moi, libre entre vous deux, souffrez que dès ce jour, Oubliant à jamais le langage d'amour, Tout entier à la guerre et maître de mon âme, J'abandonne à leur sort et vos vœux et sa flamme. Je crains de l'outrager; je crains de vous trahir; Et ce n'est qu'aux combats que je dois le servir. Laissez-moi d'un soldat garder le caractère, Madame; et puisque enfin la France vous est chère, Rendez-lui ce héros qui serait son appui : Je vous laisse y penser, et je cours près de lui.