‹ Théâtre completChapitre 259 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AMÉLIE, TAISE

AMÉLIE

Ah! s'il faut à ce prix le donner à la France,

Un si grand changement n'est pas en ma puissance,

Taïse, et cet hymen est un crime à mes yeux.

TAISE

Quoi! le prince à ce point vous serait odieux? Quoi ! dans ces tristes temps de ligues et de haines, Qui confondent des droits les bornes incertaines, Où le meilleur parti semble encor si douteux, Où les enfants des rois sont divisés entre eux; Vous qu'un astre plus doux semblait avoir formée Pour l'unique douceur d'aimer et d'être aimée, Pouvez-vous n'opposer qu'un sentiment d'horreur Aux soupirs d'un héros qui fut votre vengeur? Vous savez que ce prince au rang de ses ancêtres Compte les premiers rois que la France eut pour maî- D'un puissant apanage il est né souverain; [très; Il vous aime, il vous sert, il vous offre sa main. Ce rang à qui tout cède, et pour qui tout s'oublie, Brigué par tant d'appas, objet de tant d'envie, Ce rang qui touche au trône et qu'on met à vos pieds, Peut-il causer les pleurs dont vos yeux sont noyés?

AMÉLIE

Quoi! pour m'avoir sauvée, il faudra qu'il m'op- De son fatal secours je serai la victime ! [prime! Je lui dois tout, sans doute, et c'est pour mon mal-

taïse. [beur.

C'est être trop injuste.

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