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LE DUC DE FOIX, ACTE I, SCÈNE IV

AMÉLIE

Eh bien ! connais mon cœur, Mon devoir, mes douleurs, le destin qui me lie; Je mets entre tes mains le secret de ma vie : De ta foi désormais c'est trop me défier, Et je me livre à toi pour me justifier. Vois combien mon devoir à ses vœux est contraire ; Mon cœur n'est point à moi, ce cœur est à son frère.

TAÏSE.

Quoi! ce vaillant Vamir?

AMÉLIE

Nos serments mutuels Devançaient les serments réservés aux autels. J'attendais, dans Leucate en secret retirée, Qu'il y vînt dégager la foi qu'il m'a jurée, Quand les Maures cruels, inondant nos déserts, Sous mes toits embrasés me chargèrent de fers. Le duc est l'allié de ce peuple indomptable; Il me sauva, Taise, et c'est ce qui m'accable. Mes jours à mon amant seront-ils réservés? Jours tristes, jours affreux qu'un autre a conservés !

TAÏSE.

Pourquoi donc, avec lui vous obstinant à feindre, Nourrir en kii des feux qu'il vous faudrait éteindre? Il eut pu respecter ces saints engagements. Vous eussiez mis un frein à ses emportements.

AMÉLIE

Je ne le puis ; le ciel, pour combler mes misères, Voulut l'un contre l'autre animer les deux frères. Vamir, toujours fidèle à son maître, à nos lois, A contre un révolté vengé l'honneur des rois. De son rival altier tu vois la violence ; J'oppose à ses fureurs un douloureux silence. Il ignore, du moins, qu'en des temps plus heureux Vamir a prévenu ses desseins amoureux : S'il en était instruit, sa jalousie affreuse [reuse. Le rendrait plus à craindre, et moi plus malheu- C'en est trop, il est temps de quitter ses États : Fuyons des ennemis, mon roi me tend les bras. Ces prisonniers, Taise, à qui le sang te lie, De ces murs en secret méditent leur sortie : Ils pourront me conduire, ils pourront m'escorter; Il n'est point de péril que je n'ose affronter. Je hasarderai tout, pourvu qu'on me délivre De la prison illustre où je ne saurais vivre.

TAÏSE.

Madame, il vient à vous.

AMÉLIE

Je ne puis lui parler; 11 verrait trop mes pleurs toujours prêts à couler. Que ne puis-je à jamais éviter sa poursuite !

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