LE DUC DE F01X, ACTE II, SCÈNE II
Près de mes ennemis mendier sa faveur !
Pour le haïr sans doute il en coûte à mon cœur.
Je n'ai point oublié notre amitié passée;
Mais puisque ma fortune est par lui traversée,
Puisque mes ennemis l'ont détaché de moi,
Qu'il reste au milieu d'eux, qu'il serve sous un roi.
Je ne veux rien de lui.
LTS01S.
Votre flore constance D'un monarque irrité brave trop la vengeance.
LE DUC
Quel monarque! un fantôme, un prince efféminé, Indigne de sa race, esclave couronné, Sur un trône avili soumis aux lois d'un maire ! De Pépin son tyran je crains peu la colère ; Je déteste un sujet qui croit m'intimider Et je méprise un roi qui n'ose commander: Puisqu'il laisse usurper sa grandeur souveraine, Dans mes États au moins je soutiendrai la mienne. Ce cœur est trop altier pour adorer les lois De ce maire insolent, l'oppresseur de ses rois ; Et Clovis, que je compte au rang de mes ancêtres, N'apprit point à ses fils à ramper sous des maîtres. Les Arabes du moins s'arment pour me venger, Et, tyran pour tyran, j'aime mieux l'étranger.
L1SOIS
Vous haïssez un maire et votre haine est juste; Mais ils ont des Français sauvé l'empire auguste, Tandis que nous aidons l'Arabe à l'opprimer. Cette triste alliance a de quoi m'alarmer. Nous préparons peut-être un avenir horrible. L'exemple de l'Espagne est honteux et terrible : Ces brigands africains sont des tyrans nouveaux, Qui font servir nos mains à creuser nos tombeaux. Ne vaudrait-il pas mieux fléchir avec prudence?
LE DUC
Non, je ne peux jamais implorer qui m'offense.
LÏSOIS.
Mais vos vrais intérêts, oubliés trop longtemps....
LE DUC
Mes premiers intérêts sont mes ressentiments.
LISOIS
Ah! vous écoutez trop l'amour et la colère.
LE DUC
Je ie sais, je ne peux fléchir mon caractère.
LISOIS
On le peut, on le doit : je ne vous flatte pas; Mais en vous condamnant, je suivrai tous vos pas. U faut à son ami montrer son injustice, L'éclairer, l'arrêter au bord du précipice. Je l'ai dû, je l'ai fait, malgré votre courroux; Vous y voulez tomber et j'y cours avec vous.
LE DUC
Ami, que m'as-tu dit?
LISOIS
Ce que j'ai dû vous dire.
Écoutez un peu plus l'amitié qui m'inspire. Quel parti prendrez-vo^us?
LE DUC
Quand mes brûlants désirs Auront soumis l'objet qui brave mes soupirs ; Quand l'ingrate Amélie, à son devoir rendue, Aura remis la paix dans cette àme éperdue ; Alors j'écouterai tes conseils généreux.
Mais jusqu'à ce moment sais-je ce que je veux? Tant d'agitations, de tumulte, d'orages, Ont sur tous les objets répandu des nuages. Puis-je prendre un parti ? puis-je avoir un dessei u ? Allons près du tyran qui seul fait mon destin ; Que l'ingrate à son gré décide de ma vie, Et nous déciderons du sort de la patrie.