SCÈNE III
VAMIR, ÉMAR.
VAMIR.
Un destin plus heureux! mon cœur en désespère. J'ai trop vécu.
EMAR.
Seigneur, dans un sort si contraire, Rendez grâces au ciel de ce qu'il a permis Que vous soyez tombé sous de tels ennemis, Non sous le joug affreux d'une main étrangère.
VAMIR.
Qu'il est dur bien souvent d'être aux mains de son
émar. [frère!
Mais ensemble élevés, dans des temps plus heureux, La plus tendre amitié vous unissait tous deux.
VAMIR.
Il m'aimait autrefois, c'est ainsi qu'on commence ; Mais bientôt l'amitié s'envole avec l'enfance : Il ne sait pas encor ce qu'il me fait souffrir, Et mon cœur déchiré ne saurait le haïr.
ÉMAR.
Il ne soupçonne pas qu'il ait en sa puissance Un frère infortuné qu'animait la vengeance.
vamir. [cœur:
Non, la vengeance, ami, n'entra point dans mon Qu'un soin trop différent égara ma valeur! Juste ciel ! est-il vrai, ce que la renommée Annonçait dans la France à mon âme alarmée? Est-il vrai qu'Amélie, après tant de serments, Ait violé la foi de ses engagements?
Et pour qui? juste ciel! ô comble de l'injure! O nœuds du tendre amour ! ô lois de la nature ! Liens sacrés des cœurs, ètes-vous tous trahis? Tous les maux dans ces lieux sont sur moi réunis. Frère injuste et cruel !
ÉMAR.
Vous disiez qu'il ignore Que, parmi tant de biens qu'il vous enlève encore, Amélie en -effet est le plus précieux; Qu'il n'avait jamais su le secret de vos feux.
VAMIR.
Elle le sait, l'ingrate ; elle sait que ma vie Par d'éternels serments à la sienne est unie; Elle sait qu'aux autels nous allions confirmer Ce devoir que nos cœurs s'étaient fait de s'aimer, Quand le Maure enleva mon unique espérance : Et je n'ai pu sur eux achever ma vengeance ! Et mon frère a ravi le bien que j'ai perdu ! Il jouit des malheurs dont je suis confondu. Quel est donc en ces lieux le dessein qui m'entraîne? La consolation, trop funeste et trop vaine, De faire avant ma mort à ses traîtres appas Un reproche inutile et qu'on n'entendra pas ! Allons : je périrai, quoi que le ciel décide, Fidèle au roi mon maître et même h la perfide. Peut-être, en apprenant ma constance et mon sort, Dans les bras de mon frère elle plaindra ma mort.
ÉMAR.
Cachez vos sentiments ; c'est lui qu'on voit paraître.
vamir. [tre?
Des troubles démon cœur puis-je me rendre maî-