‹ Théâtre completChapitre 298 sur 1720 · LA MORT DE CÉSAR, ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LA MORT DE CÉSAR, ACTE II, SCÈNE IV

BRUTUS

Pour venger la patrie il suffit de nous-mêmes. Dolabella, Lôpide, Emile, Bibulus, Ou tremblent sous César, ou bien lui sont vendus. Cicéron, qui d'un traître a puni l'insolence, Ne sert la liberté que par son éloquence : Hardi dans le sénat, faible dans le danger, Fait pour haranguer Rome et non pour la venger. Laissons à l'orateur qui charme sa patrie Le soin de nous louer, quand nous l'aurons servie. Non, ce n'est qu'avec vous que je veux partager Cet immortel honneur et ce pressant danger. Dans une heure au sénat le tyran doit se rendre : Là, je le punirai; là, je le veux surprendre; Là, je veux que ce fer, enfoncé dans son sein, Venge Caton, Pompée et le peuple romain, i C'est hasarder beaucoup. Ses ardents satellites Partout du Capitole occupent les limites; Ce peuple mou, volage et facile à fléchir, Ne sait s'il doit encor l'aimer ou le haïr. Notre mort, mes amis, paraît inévitable; Mais qu'une telle mort est noble et désirable ! Qu'il est beau de périr dans des desseins si grands ! De voir couler son sang dans le sang des tyrans ! Qu'avec plaisir alors on voit sa dernière heure ! Mourons, braves amis, pourvu que César meure, Et que la liberté, qu'oppriment ses forfaits, Renaisse de sa cendre et revive à jamais.

CASSIUS

Ne balançons donc plus, courons au Capitole. [mole. C'est là qu'il nous opprime et qu'il faut qu'on l'im- Ne craignons rien du peuple, il semble encor dou- Mais si l'idole tombe, il va la détester. [ter;

BRUTUS

Jurez donc avec moi, jurez sur cette épée, Par le sang de Caton, par celui de Pompée, Par les mânes sacrés de tous ces vrais Romains Qui dans les champs d'Afrique ont fini leurs destins, Jurez par tous les dieux, vengeurs de la patrie, Que César sous vos coups va terminer sa vie.

CASSIUS

Faisons plus, mes amis; jurons d'exterminer Quiconque ainsi que lui prétendra gouverner : Fussent nos propres fils, nos frères ou nos pères : S'ils sont tyrans, Rrutus, ils sont nos adversaires. Un vrai républicain n'a pour père et pour fils Que la vertu, les dieux, les lois et son pays.

BRUTUS

Oui, j'unis pour jamais mon sang avec le vôtre. Tous dès ce moment môme adoptés l'un par l'autre. Le salut de l'État nous a rendus parents. Scellons notre union du sang de nos tyrans.

(// s'avance vers la statue de Pompée.) Nous le jurons par vous, héros, dont les images A ce pressant devoir excitent nos courages; Nous promettons, Pompée, à tes sacrés genoux, De faire tout pour Rome et jamais rien pour nous; D'être unis pour l'État qui dans nous se rassemble :

Page 1