ALZIRE, ACTE II, SCENE V
MONTEZE.
N'atteste point ces dieux, enfants de l'imposture ; Ces fantômes affreux que je ne connais plus; Sous le Dieu que j'adore ils sont tous abattus.
ZAMORE
Quoi ! ta religion? quoi! la loi de nos pères?
MONTÈZE.
J'ai connu son néant, j'ai quitté ses chimères. Puisse le Dieu des dieux, dans ce monde ignoré, Manifester son être à ton cœur éclairé ! Puisses-tu mieux connaître, ô malheureux Zamore ! Les vertus de l'Europe et le Dieu qu'elle adore !
ZAMORE
Quelles vertus ! cruel ! les tyrans de ces lieux T'ont fait esclave en tout, t'ont arraché tes dieux. Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse? Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse? Garde toi...
MONTÈZE.
Va, mon cœur ne se reproche rien :
Je dois bénir mon sort et pleurer sur le tien.
ZAMORE
Si tu trahis ta fo*> tu dois pleurer sans doute. Prends pitié des tourments que ton crime me coûte, Prends pitié de ce cœur, enivré tour à tour De zèle pour mes dieux, de vengeance et d'amour. Je cherche ici Gusman, j'y vole pour Alzire. Viens; conduis-moi vers elle et qu'à ses pieds j'ex- Ne me dérobe point le bonheur de la voir; [pire. Crains de porter Zamore au dernier désespoir ; Reprends un cœur humain, que ta vertu bannie...