‹ Théâtre completChapitre 344 sur 1720 · ALVAREZ, GUSMAN · texte numérisé non relu

ALVAREZ, GUSMAN

ALVAREZ

Méritez donc, mon fils, un si grand avantage. Vous avez triomphé du nombre et du courage ; Et de tous les vengeurs de ce triste univers, Lue moitié n'est plus et l'autre est dans vos fers. Ah ! n'ensanglantez point le prix de la victoire ; Mon fils, que la clémence ajoute à votre gloire. Je vais, sur les vaincus étendant mes secours, Consoler leur misère et veiller sur leurs jours. Vous, songez cependant qu'un père vous implore; Soyez homme et chrétien, pardonnez à Zamore. Ne pourrai-je adoucir vos inflexibles mœurs? Et n'apprendrez-vous point à conquérir des cœurs"?

GUSMAN

Ah! vous percez le mien. Demandez-moi ma vie; Mais laissez un champ libre à ma juste furie ; Ménagez le courroux de mon cœur opprimé. Comment lui pardonner! le barbare est aimé.

ALVAREZ

Il en est plus à plaindre.

GUSMAN

A plaindre? lui, mon père !

Ah! qu'on me plaigne ainsi, la mort me sera chère.

ALVAREZ

Quoi ! vous joignez encore à cet ardent courroux La fureur des soupçons, ce tourment des jaloux?

GUSMAN

Et vous condamneriez jusqu'à ma jalousie? Quoi! ce juste transport dont mon àme est saisie, Ce triste sentiment, plein de honte et d'horreur,

légitime en moi, trouve en vous un censeur? Vous voyez sans pitié ma douleur effrénée !

ALVAREZ

Mêlez moins d'amertume à votre destinée :

Alzire a des vertus, et, loin de les aigrir, Par des dehors plus doux vous devez l'attendrir. Son cœur de ses climats conserve la rudesse ; Il résiste à la force, il cède à la souplesse, Et la douceur peut tout sur notre volonté.

GUSMAN

Moi, que je flatte encor l'orgueil de sa beauté? Que, sous un front serein déguisant mon outrag< A de nouveaux mépris ma bonté l'encourage? Ne devriez-vous pas, de mon honneur jaloux, Au lieu de le blâmer, partager mon courroux? J'ai déjà trop rougi d'épouser une esclave Qui m'ose dédaigner, qui me hait, qui me brave; Dont un autre âmes yeux possède encor le cœur, Et que j'aime, en un mot, pour comble de malheur.

ALVAREZ

Ne vous repentez point d'un amour légitime; Mais sachez le régler : tout excès mène au crime. Promettez-moi du moins de ne décider rien Avant de m'accorder un second entretien.

GUSMAN

Eh! que pourrait un fils refuser à son père?

Je veux bien pour un temps suspendre ma colère ;

N'en exigez pas plus de mon cœur outragé.

ALVAREZ

Je ne veux que du temps.

{Il sort.) GUSMAN, seul.

Quoi ! n'être point vengé I Aimer, me repentir, être réduit encore A l'horreur d'envier le destin de Zamore, D'un de ces vils mortels en Europe ignorés, Qu'à peine du nom d'homme on aurait honorés... Que vois-je? Alzire! ô ciel!

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