‹ Théâtre completChapitre 345 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

GUSMAN, ALZIRE, ÉMIFŒ.

ALZIRE

C'est moi, c'est ton épouse, C'est ce fatal objet de ta fureur jalouse, Qui n'a pu te chérir, qui t'a du révérer, [rer.

Qui te plaint, qui t'outrage, et qui vient t'implo- Je n'ai rien déguisé. Soit grandeur, soit faiblesse, Ma bouche a fait l'aveu qu'un autre a ma tendresse; Et ma sincérité, trop funeste vertu, Si mon amant périt, est ce qui l'a perdu. Je vais plus t'étonner : ton épouse a l'audace De s'adresser à toi pour demander sa grâce. J'ai cru que don Gusman, tout fier, tout rigoureux, Tout terrible qu'il est, doit être généreux. J'ai pensé qu'un guerrier, jaloux de sa puissance, Peut mettre l'orgueil même à pardonner l'offense : Une telle vertu séduirait plus nos cœurs Que tout for de ces lieux n'éblouit nos vainqueurs. Par ce grand changement dans ton àme inhumaine, Par un effort si beau tu vas changer la mienne;

Page 1