‹ Théâtre completChapitre 35 sur 1720 · JOCASTE, ÉGINE · texte numérisé non relu

JOCASTE, ÉGINE

ÉGINE

Que je vous plains !

jocaste.

Hélas! je porte envie A ceux qui dans ces murs ont terminé leur vie. Quel état ! quel tourment pour un cœur vertueux !

ÉGINE

Il n'en faut point douter, votre sort est affreux !

Ces peuples, qu'un faux zèle aveuglément anime, Vont bientôt à grands cris demander leur victime. Je n'ose l'accuser ; mais quelle horreur pour vous Si vous trouvez en lui l'assassin d'un époux !

JOCASTE

Et l'on ose à tous deux faire un pareil outrage ! Le crime, la bassesse eût été son partage! Égine, après les nœuds qu'il a fallu briser, 11 manquait à mes maux de l'entendre accuser. Apprends que ces soupçons irritent ma colère, Et qu'il est vertueux, puisqu'il m'avait su plaire.

ÉGINE

Cet amour si constant...

JOCASTE

Ne crois pas que mon cœur De cet amour funeste ait pu nourrir l'ardeur; Je l'ai trop combattu. Cependant, chère Égine, Quoi que fasse un grand cœur où la vertu domine, On ne se cache point ces secrets mouvements, De la nature en nous indomptables enfants, [dre ; Dans les replis de l'âme ils viennent nous surpren- Ces feux qu'on croit éteints renaissent de leur Et la vertu sévère, en de si durs combats, [cendre, Résiste aux passions et ne les détruit pas.

ÉGINE

Votre douleur est juste autant que vertueuse, Et de tels sentiments...

JOCASTE

Que je suis malheureuse!

Tu connais, chère Égine, et mon cœur et mes maux: J'ai deux fois de l'hymen allumé les flambeaux; Deux fois, de mon destin subissant l'injustice, J'ai changé d'esclavage, ou plutôt de supplice; Et le seul des mortels dont mon cœur fut touché A mes vœux pour jamais devait être arraché. Pardonnez-moi, grands dieux, ce souvenir funeste; D'un feu que j'ai dompté c'est le malheureux reste. Égine, tu nous vis l'un de l'autre charmés, Tu vis nos nœuds rompus aussitôt que formés: Mon souverain m'aima, m'obtint malgré moi-même; Mon front chargé d'ennuis fut ceint du diadème; Il fallut oublier dans ses embrassements [ments. Et mes premiers amours et mes premiers ser- Tu sais qu'à mon devoir tout entière attachée, J'étouffai de mes sens la révolte cachée ; [pleurs, Que, déguisant mon trouble et dévorant mes Je n'osais à moi-même avouer mes douleurs...

ÉGINE

Comment donc pouviez-vous du joug de l'hyménée Une seconde fois tenter la destinée?

JOCASTE

Hélas!

ÉGINE

M'est-il permis de ne vous rien cacher ?

JOCASTE

Parle.

ÉGINE

Œdipe, madame, a paru vous toucher; Et votre cœur, du moins sans trop de résistance,

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