‹ Théâtre completChapitre 36 sur 1720 · ŒDIPE, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ŒDIPE, ACTE II, SCÈNE III

De vos États sauvés donna la récompense.

JOCASTE

Ah! grands dieux !

ÉGINE

Était-il plus heureux que Laïus, Ou Philoctète absent ne vous touchait-il plus? Entre ces deux héros éliez-vous partagée?

JOCASTE

Par un monstre cruel Thèbe alors ravagée

A son libérateur avait promis ma foi;

Et le vainqueur du sphinx était digne de moi.

ÉGINE

Vous l'aimiez?

JOCASTE

Je sentis pour lui quelque tendresse; Mais que ce sentiment fut loin de la faiblesse! Ce n'était point, Égine, un feu tumultueux, De mes sens enchantés enfant impétueux; Je ne reconnus point cette brûlante flamme Que le seul Philoctète a fait naître en mon âme, Et qui, sur mon esprit répandant son poison, De son charme fatal a séduit ma raison. Je sentais pour Œdipe une amitié sévère. Œdipe est vertueux, sa vertu m'était chère; Mon cœur avec plaisir le voyait élevé Au trône des Thébains qu'il avait conservé. Cependant sur ses pas aux autels entraînée, Égine, je sentis dans mon àme étonnée Des transports inconnus que je ne conçus pas : Avec horreur enfin je me vis dans ses bras. Cet hymen fut conclu sous un affreux augure: Égine, je voyais dans une nuit obscure, Près d'Œdipe et de moi, je voyais des enfers Les gouffres éternels à mes pieds entrouverts ; De mon premier époux l'ombre pâle et sanglante Dans cet abîme affreux paraissait menaçante: Il me montrait mon fils, ce fils qui dans mon flanc Avait été formé de son malheureux sang : Ce fils dont ma pieuse et barbare injustice Avait fait à nos dieux un secret sacrifice: De les suivre tous deux ils semblaient m'ordonner; Tous deux dans le Tartare ils semblaient m'entraî- De sentiments confus mon âme possédée [ner. Se présentait toujours cette effroyable idée; Et Philoctète encor trop présent dans mon cœur De ce trouble fatal augmentait la terreur.

ÉGINE

J'entends du bruit, on vient, je le vois qui s'avance.

JOCASTE

C'est lui-même; je tremble : évitons sa présence.

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