‹ Théâtre completChapitre 358 sur 1720 · ALZIRE, AMÉRICAINS, SOLDATS · texte numérisé non relu

ALZIRE, AMÉRICAINS, SOLDATS

ZAMORE

Cruels, sauvez Alzire, et pressez mon supplice!

ALZIRE

Non, qu'une affreuse mort tous trois nous réunisse.

ALVAREZ

Mon fils mourant, mon fils, ô comble de douleur !

ZAMORE, à Gusman.

Tu veux donc jusqu'au bout consommer ta fureur?

Viens, vois couler mon sang, puisque tu vis encore; Viens apprendre à mourir en regardant Zamore

GUSMAN, à Zamore.

Il est d'autres vertus que je veux t 'enseigner : Je dois un autre exemple et je viens le donner.

(A Alvarez,) Le ciel qui veut ma mort et qui l'a suspendue, Mon père, en ce moment m'amène à votre vue. Mon âme fugitive, et prête à me quitter, S'arrête devant vous... mais pour vous imiter. Je meurs: le voile tombe; un nouveau jour m'é-

[claire.

Je ne me suis connu qu'au bout de ma carrière: J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cer- Gémir l'humanité du poids de mon orgueil, [cueil. Le ciel venge la terre : il est juste, et ma vie Ne peut payer le sang dont ma main s'est rougie. Le bonheur m'aveugla, la mort m'a détrompé. Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé. J'étais maître en ces lieux, seul j'y commande encore :

Seul je puis faire grâce et la fais à Zamore. Vis, superbe ennemi, sois libre, et te souvien Quel fut, et le devoir, et la mort d'un chrétien.

(A Montèze, qui se jette à ses pieds.) Montèze, Américains, qui fûtes mes victimes, Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Amérique ; apprenez à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.

[A Zamore.) Des dieux que nous servons connais la différence : Les tiens t'ont commandé le meurtre et la ven-

[geance :

Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.

ALVAREZ

Ah! mon fils, tes vertus égalent ton courage.

alzire. [gage!

Quel changement, grand Dieu! quel étonnant lan-

zamore.

Quoi! tu veux me forcer moi-même au repentir!

GUSMAN

Je veux plus, je te veux forcer à me chérir.

Alzire n'a vécu que trop infortunée,

Et par mes cruautés, et par mon hy menée.

Que ma mourante main la remette en tes bras :

Vivez sans me haïr, gouvernez vos États,

Et de vos murs détruits rétablissant la gloire,

De mon nom, s'il se peut, bénissez la mémoire.

[A Alvarez.) Daignez servir de père à ces époux heureux : Que du ciel, par vos soins, le jour luise sur eux ! Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte, Zamore est votre fils et répare ma perte.

zamore.

Je demeure immobile, égaré, confondu. [vertu! Quoi donc, les vrais chrétiens auraient tant de Ah! la loi qui t'oblige à cet effort suprême, Je commence à le croire, est la loi d'un Dieu même.

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