‹ Théâtre completChapitre 368 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

RAMIRE, ATIDE.

ATiDE. [êtes.

Vous n'irez point sans moi : non, cruel que vous Je ne souffrirai point vos fureurs indiscrètes. Cher objet de ma crainte, arbitre de mon sort, Cher époux, commencez par me donner la mort. Au nom des nœuds secrets qu'à son heure dernière De ses mourantes mains vient de former mon père, De ces nœuds dangereux dont nous avons promis De dérober l'étreinte à des yeux ennemis, Songez aux droits sacrés que j'ai sur votre vie; Songez qu'elle est à moi, qu'elle est à la patrie; Que Valence dans vous redemande un vengeur. Allez la délivrer de l'Arabe oppresseur; Quittez, sans plus tarder, cette rive fatale: Partez, vivez, régnez, fût-ce avec ma rivale.

RAMIRE

Non, désormais ma vie est un tissu d'horreurs; Je rougis de moi-même et surtout de vos pleurs. Je suis né vertueux, j'ai voulu toujours l'être ! Voulez-vous me changer? chéririez-vous un traître? J'ai .subi l'esclavage et son poids rigoureux; Le fardeau de la feinte est cent fois plus affreux. J'ai connu tous les maux, la vertu les surmonte; Mais quel cœur généreux peut supporter la honte? Quel supplice effroyable alors qu'il faut tromper, El que tout mon secret est prêt à m'échapper!

ATIDE.

Eh bien ! allez, parlez, armez sa jalousie,, J'y consens ; mais, cruel, n'exposez que ma vie, N'immolez que l'objet pour qui vous rougissez, Qui vous forçait à feindre et que vous haïssez.

RAMIRE

Je vous adore, Atide, et l'amour qui m'enflamme Ferme à tout autre objet tout accès dans mon âme.

Mais plus je vous adore, et plus je dois rougir

De fuir avec Zulime afin de la trahir.

Je suis bien malheureux si votre jalousie

Joint ses poisons nouveaux aux horreurs de ma vie !

Entouré de forfaits et d'infidélités,

Je les commets pour vous et vous seule en doutez.

Ah! mon crime est trop vrai, trop affreux envers elle!

Ce cœur est un perfide et c'est pour vous, cruelle!

ATIDE.

Non, il est généreux; le mien n'est point jaloux: La fraude et les soupçons ne sont point faits pour Zulime, en écoutant son amour malheureuse, [vous. N'a point reçu de vous de promesse trompeuse. Idamore a parlé : sûre de ses appas, Elle a cru des discours que vous ne dictiez pas. Eh! peut-on s'étonner que vous ayez su plaire? Peut-on vous reprocher ce charme involontaire Qui vous soumit un cœur prompt à se désarmer? Ah ! le mien m'est témoin que l'on doit vous aimer.

RAMIRE

Eh! pourquoi, profanant de si saintes tendresses, De Zulime abusée enhardir les faiblesses?. Pourquoi, déshonorant votre amant, votre époux, Promettre à d'autres yeux un cœur qui n'est qu'à

[vous?

Dans quel piège Idamore a conduit l'innocence! Des bienfaits de Zulime affreuse récompense! Ah! cruelle, à quel prix le jour m'est conservé !

ATIDE.

Eh bien! punissez-moi de vous avoir sauvé. Idamore, il est vrai, n'est pas le seul coupable, J'ai parlé comme lui; comme lui condamnable, J'engageai trop Ramire et sans le consulter, Je n'y survivrai pas, vous n'en pouvez douter. Je sens qu'à vos vertus je faisais trop d'injure ; Je vous épargnerai la honte d'un parjure : Vivez, il me suffit.... Ciel! quel tumulte affreux!

ramire. [loureux;

Il m'annonce un combat moins grand, moins dou- Le ciel m'y peut au moins accorder quelque gloire : J'y vole....

ATIDE.

Je vous suis; la chute ou la victoire, Les fers ou le trépas, je sais tout partager. Puis-je être loin de vous? vous êtes en danger.

RAMIRE

Ah! ne laissez qu'à moi le destin qui m'opprime. Chère épouse, craignez....

ATIDE.

Je ne crains que Zulime.

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