‹ Théâtre completChapitre 369 sur 1720 · RAMIRE, IDAMORE · texte numérisé non relu

RAMIRE, IDAMORE

idamore. [guerre

Oui, Dieu même est pour nous; oui, ce Dieu de la

Nous appelle sur l'onde et désarme la terre.

Vous voyez les sujets du triste Bénassar

Suspendre leurs fureurs au pied de ce rempart :

Ils ont quitté ces traits, ces funestes machines

Qui des murs d'Arsénié apportaient les ruines,

Tout ce grand appareil qui, dans quelques mo-

Pouvait de ce palais briser les fondements, [ments,

Cependant l'heure approche où la mer favorable

Va quitter avec nous ce rivage effroyable.

Seigneur, au nomd'Atide, au nom de nos malheurs,

Et de tant de périls, et de tant de douleurs,

Par le salut public devant qui tout s'efface,

Par ce premier devoir des rois de notre race,

Ne songez qu'à partir, et ne rougissez pas

Des bontés de Zulime et de ses attentats :

Ne fuyez point les dons de sa main bienfaisante,

Envers les siens coupable, envers nous innocente;

Entouré d'ennemis dans ce séjour d'horreur,

Craignez

ràmire.

Mes ennemis sont au fond de mon cœur.

Atide l'a voulu; c'est assez, Idamore.

IDAMORE

Comment ! quel repentir peut vous troubler encore? Qui vous retient?

RAMIRE

L'honneur. Crois-tu qu'il soit permis D'être injuste, infidèle et traître à ses amis?

IDAMORE

Non, sans doute, seigneur, et ce crime est infâme.

RAMIRE

Est-il donc plus permis de trahir une femme, De la conduire au piège et de l'abandonner?

IDAMORE

Un plus grand intérêt doit vous déterminer. Voudriez-vous livrer à l'horreur des supplices Ceux qui vous ont voué leur vie et leurs services? Entre Zulime et nous il est temps de choisir.

RAMIRE

Eh bien! qui de vous tous me faut-il donc trahir? Faut-il que, malgré nous, il soit des conjonctures Où le cœur égaré flotte entre les parjures? Où la vertu sans force et prête à succomber Ne voit que des écueils, et tremble d'y tomber? Tu sais ce que pour nous Zulime a daigné faire ; Elle renonce à tout, à son trône, à son père, A sa gloire, en un mot; il faut en convenir. Armé de ses bienfaits, moi j'irais l'en punir! C'est trop rougir de moi : plains ma douleur moridamore. [telle.

Rougissez de tarder. Valence vous appelle;

Les moments sont bien chers, et si vous hésitez....

RAMIRE

Non; je vais m'expliquer, et lui dire....

IDAMORE

Arrêtez!

Gardez-vous d'arracher un voile nécessaire: Laissez-lui son erreur, cette erreur est trop chère. Pour entraîner Zulime à ses égarements, Vous n'employâtes point l'art trompeur des amants. Sensible, généreuse et sans expérience, Elle a cru n'écouter que la reconnaissance ; Elle ne savait pas qu'elle écoutait l'amour. Tous vos soins empressés la perdaient sans retour. Dans son illusion nous l'avons confirmée : Enfin elle vous aime, elle se croit aimée. De quel jour odieux ses yeux seraient frappés ! Il n'est de malheureux que les cœurs détrompés. Réservez pour un temps plus sur et plus tranquille De ces droits délicats l'examen difficile. Lorsque vous serez roi, jugez et décidez : Ici Zulime règne et vous en dépendez.

RAMIRE

Je dépends de l'honneur; votre discours m'offense. Je crains l'ingratitude et non pas sa vengeance. Quoi qu'il puisse arriver, un cœur tel que le mien Lui tiendra sa parole ou ne promettra rien.

IDAMORE

Tremblez donc : son amour peut se tourner en rage. Atide de son sang peut payer cet outrage.

RAMIRE

Cher Idamore, au bruit de son moindre danger, De ces lieux ennemis, va, cours la dégager. Sois sur que de Zulime arrêtant la poursuite, Avant que d'expirer j'assurerai sa fuite.

IDAMORE

Vous vous connaissez mal en ces extrémités; Atide et vos amis mourront à vos eôtés. Mais non, votre prudence et la faveur céleste Ne nous annoncent point une fin si funeste. Zulime est encor loin de vouloir se venger ; Peut-elle craindre, hélas ! qu'on la veuille outrager? Son âme tout entière à son espoir livrée, Aveugle en ses bontés et d'amour enivrée, Goûte d'un calme heureux le dangereux sommeil . . . .

Que je crains le moment de son affreux réveil !

IDAMORE

Cachez donc à ses yeux la vérité cruelle,

Au nom de la patrie!... On approche, c'est elle.

RAMIRE

Va, cours après Atide, et reviens m'avertir Si les mers et les vents m'ordonnent de parfit'.

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