‹ Théâtre completChapitre 390 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ZULIME, SÉRAME.

ZULIME

Ali! j'attends le trépas. Juste ciel, qu'ai-je fait?

SÉRAME.

Vous laissez un perfide au destin qui l'accable : Vos jours sont à ce prix.

ZULIME

Dieu ! qu'Atide est coupable!

SÉRAME.

Tous deux seront punis : ne songez plus qu'à vous? D'un père infortuné désarmez le courroux: Détournez....

ZULIME

Il ne voit en moi qu'une ennemie; 11 ne sait point, hélas! combien je suis punie: Mon châtiment, Se rame, est dans mes attentats ; J'étais dénaturée et j'ai fait des ingrats.

SÉRAME.

Eli bien ! de leurs forfaits séparez votre cause : Quelque punition qu'un père se propose, Aux traits de son courroux son sang doit échapper, El sa main s'amollit sur le point de frapper. Obtenez qu'il vous voie et votre grâce est sûre; Unissez-vous à lui pour venger son injure; Abandonnez les jours justement menacés De ce parjure amant qu'enfin vous haïssez.

ZULIME

De Ramire!

SÉRAME.

De lui. Son indigne artifice Vous faisait sa victime ainsi que sa complice.

ZULIME

Je ne le sais que trop. Hélas! que de forfaits!

SÉRAME.

Que j'aime à voir vos yeux dessillés pour jamais! Des pleurs que vous versiez sa vanité s'honore : 11 vous trompe, il vous hait.

ZULIME

Sérame, je l'adore.

SÉRAME.

Qui? vous!

ZULIME

In dieu barbare assemble dans mon cœur L'excès de la faiblesse et celui de l'horreur : C'est en vain que j'ai cru triompher de moi-même : Je déteste mon crime et je sens que je l'aime. Je n'y résiste plus : ce poison détesté, Par mes tremblantes mains aujourd'hui rejeté, De toutes les fureurs m'embrase et me déchire : Au bord de mon tombeau j'idolâtre Ramire. Tel est dans les replis de ce cœur dévoré Ce pouvoir malheureux de moi-même abhorré, Que si, pour couronner sa lâche perfidie, Ramire en me quittant eût demandé ma vie; S'il m'eût aux pieds d'Atide immolée en fuyant : S'il eût insulté même à mon dernier moment, Je l'eusse aimé toujours et mes mains défaillantes Auraient cherché ses mains de mon sang dégouttantes.

Quoi! c'est ainsi que j'aime, et c'est moi qu'il trahit ! Et c'est moi qui le perds! c'est par moi qu'il périt ! Non... je le sauverai, le parjure que j'aime, Dût-il me détester et m'en punir lui-même: Mais Atide est aimée !

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