‹ Théâtre completChapitre 392 sur 1720 · SCÈNE YII · texte numérisé non relu

SCÈNE YII

ZULIME, ATIDE, SÉRAME.

SERAME.

Madame, il faut du sort dévorer tout l'outrage Il faut d'un cœur soumis souffrir ce coup affreux. Vainement Mohadir, sensible et généreux, Du coupable Ramire a demandé la grâce; Tous les chefs, irrités de sa perfide audace, L'ont condamné, madame, à ces tourments cruels. Réservés en ces lieux pour les grands criminels. Il vous faut oublier jusqu'au nom de Ramire.

ZULIME

11 ne mourra pas seul; et devant qu'il expire...

SÉRAME.

Madame, ah! gardez-vous d'un téméraire effort!

ATIDE.

Vous l'abandonneriez à cette indigne mort ? Oublieriez-vous ainsi la grandeur de votre âme?

ZULIME

Je préviens vos conseils, n'en doutez point, madame: Ne les prodiguez plus. Et toi, nature, et toi, Droits éternels du sang, toujours sacrés pour moi, Dans cet égarement dont la fureur m'anime, Soutenez bien mon cœur et gardez-moi d'un crime!

BÉNASSAR, MOHADIR.

MOHADIR.

Ce dernier Irait, sans doute, est le plus criminel,

Je sens le désespoir de ce cœur paternel :

Je partage en pleurant son trouble et sa colère.

Mais vous avez toujours des entrailles de père ,

Et tous les attentats de ce funeste jour

Ne sont qu'un même crime et ce crime estl'amour

Dans son aveuglement Zulime ensevelie

Mérite d'être plainte encor plus que punie:

Et si votre bonté parlait à votre cœur...

BÉNASSAR.

Ma bonté fit son crime et fit tout mon malheur. Je me reproche assez mon excès d'indulgence ; Ciel! tu m'en as donné l'horrible récompense. Ma fille était l'idole à qui mon amitié, Cette amitié fatale, a tout sacrifié.

Je lui tendais les bras quand sa main ennemie Me plongeait au tombeau chargé d'ignominie. . Ah! l'homme inexorable est le seul respecté. Si j'eusse été cruel, on eût moins attenté. La dureté de cœur est le frein légitime Qui peut épouvanter l'insolence et le crime. Ma facile tendresse enhardit aux forfaits :

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