JOCASTE, PHILOCTÈTE, ÉGINE
JOCASTE
Ah ! prince, vous voici !
Dans le mortel effroi dont mon âme est émue, Je ne m'excuse point de chercher votre vue. Mon devoir, il est vrai, m'ordonne de vous fuir; Je dois vous oublier et non pas vous trahir : Je crois que vous savez le sort qu'on vous apprête.
PHILOCTÈTE
Un vain peuple en tumulte a demandé ma tête : Il souffre, il est injuste, il faut lui pardonner.
JOCASTE
Gardez à ses fureurs de vous abandonner. Partez; de votre sort vous êtes encor maître; Mais ce moment, seigneur, est le dernier peut-être Où je puis vous sauver d'un indigne trépas. Fuyez ; et loin de moi précipitant vos pas, Pour prix de votre vie heureusement sauvée, Oubliez que c'est moi qui vous l'ai conservée.
PHILOCTÈTE
Daignez montrer, madame, à mon cœur agité Moins de compassion et plus de fermeté; Préférez, comme moi, mon honneur à ma vie, Commandez que je meure, et non pas que je fuie; Et ne me forcez point, quand je suis innocent, A devenir coupable en vous obéissant.
Des biens que m'a ravis la colère céleste, Ma gloire, mon honneur est le seul qui me reste; Ne m'ôtez pas ce bien dont je suis si jaloux, Et ne m'ordonnez pas d'être indigne de vous. J'ai vécu, j'ai rempli ma triste destinée, Madame : à votre époux ma parole est donnée;