‹ Théâtre completChapitre 42 sur 1720 · JOCASTE, PHILOCTÈTE, ÉGINE · texte numérisé non relu

JOCASTE, PHILOCTÈTE, ÉGINE

JOCASTE

Ah ! prince, vous voici !

Dans le mortel effroi dont mon âme est émue, Je ne m'excuse point de chercher votre vue. Mon devoir, il est vrai, m'ordonne de vous fuir; Je dois vous oublier et non pas vous trahir : Je crois que vous savez le sort qu'on vous apprête.

PHILOCTÈTE

Un vain peuple en tumulte a demandé ma tête : Il souffre, il est injuste, il faut lui pardonner.

JOCASTE

Gardez à ses fureurs de vous abandonner. Partez; de votre sort vous êtes encor maître; Mais ce moment, seigneur, est le dernier peut-être Où je puis vous sauver d'un indigne trépas. Fuyez ; et loin de moi précipitant vos pas, Pour prix de votre vie heureusement sauvée, Oubliez que c'est moi qui vous l'ai conservée.

PHILOCTÈTE

Daignez montrer, madame, à mon cœur agité Moins de compassion et plus de fermeté; Préférez, comme moi, mon honneur à ma vie, Commandez que je meure, et non pas que je fuie; Et ne me forcez point, quand je suis innocent, A devenir coupable en vous obéissant.

Des biens que m'a ravis la colère céleste, Ma gloire, mon honneur est le seul qui me reste; Ne m'ôtez pas ce bien dont je suis si jaloux, Et ne m'ordonnez pas d'être indigne de vous. J'ai vécu, j'ai rempli ma triste destinée, Madame : à votre époux ma parole est donnée;

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