SCÈNE II
MÉROPE, ISMÉNIE, EURYCLÈS.
MÉROPE
Eh bien, Narbas, mon fils?
EURYCLÈS.
Vous me voyez confus :
Tant de pas, tant de soins, ont été superflus. On a couru, madame, aux rives du Pénée, Dans les champs d'Olympie, aux murs de Salmonée : ! Peut-être ne sont pas plus à craindre pour vous. Narbas est inconnu; le sort dans ces climats mérope.
Dérobe à tous les yeux la trace de ses pas. Quoi ! partout sous mes pas le sort creuse un abîme?
mérope. Je vois autour de moi le danger et le crime !
Hélas! Narbas n'est plus; j'ai tout perdu sansdou- Polyphonte, un sujet de qui les attentats...
ISMÉNIE. [te. EURYCLÈS.
Vous croyez tous les maux que votre âme redoute; \ Dissimulez, madame, il porte ici ses pas. Peut-être, sur les bruits de cette heureuse paix, Narbas ramène un fils si cher à nos souhaits.
EURVCLÈS.
Peut-être sa tendresse, éclairée et discrète, A caché son voyage ainsi que sa retraite ; Il veille sur Égisthe; il craint ces assassins Qui du roi votre époux ont tranché les destins. De leurs affreux complots il faut tromper la rage. Autant que je l'ai pu j'assure son passage, Et j'ai sur ces chemins de carnage abreuvés Des yeux toujours ouverts et des bras éprouvés.
MÉROPE
Dans la fidélité j'ai mis ma confiance.
EURYCLÈS.
Hélas ! que peut pour vous ma triste vigilance? On va donner son trône : en vain ma faible voix Du sang qui le fit naître a fait parler les droits; L'injustice triomphe, et ce peuple, à sa honte, Au mépris de nos lois, penche vers Polyphonte.
MÉROPE
Et le sort jusque-là pourrait nous avilir! Mon fils dans ses États reviendrait pour servir! Il verrait son sujet au rang de ses ancêtres ! Le sang de Jupiter aurait ici des maîtres !
MÉROPE, POLYPHONTE, ÉROX.
POLYPHONTE
Madame, il faut enfin que mon cœur se déploie. Ce bras qui vous servit m'ouvre au trône une voie; Et les chefs de l'État, tout près de prononcer, Me font entre nous deux l'honneur de balancer. Despartis opposés qui désolaient Messènes, [haines, Qui versaient tant de sang, qui formaient tant de Il ne reste aujourd'hui que le vôtre et le mien. Nous devons l'un à l'autre un mutuel soutien : Nos ennemis communs, l'amour de la patrie, Le devoir, l'intérêt, la raison, tout nous lie; Tout vous dit qu'un guerrier, vengeur de voire S'il aspire à régner, peut aspirer à vous. [époux, Je me connais ; je sais que, blanchi sous les armes Ce front triste et sévère a pour vous peu de charmes; Je sais que vos appas, encor dans leur printemps, Pourraient s'effaroucher de l'hiver de mes ans; Mais la raison d'État connaît peu ces caprices; El de ce front guerrier les nobles cicatrices