‹ Théâtre completChapitre 452 sur 1720 · MEROPE, ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

MEROPE, ACTE I, SCENE IV

Ne peuvent se couvrir que du bandeau de? rois. Je veux le sceptre el vous pour prix de mes exploits. N'en croyez pas, madame, un orgueil téméraire : Vous êtes de nos rois et la fille et la mère; Mais l'État veut un maître, et vous devez songer Que pour garder vos droits il faut les partager.

MÉROPE

Le ciel, qui m'accabla du poids de sa disgrâce,

Ne m'a point préparée à ce comble d'audace.

Sujet de mon époux, vous m'osez proposer

De trahir sa mémoire et de vous épouser?

Moi, j'irais de mon fils, du seul bien qui me reste.

Déchirer avec vous l'héritage funeste?

Je mettrais en vos mains sa mère et son État,

Et le bandeau des rois sur le front d'un soldat?

POLYPnONTE.

Un soldat tel que moi peut justement prétendre A gouverner l'État quand il l'a su défendre. Le premier qui fut roi fut un soldat heureux; Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux. Je n'ai plus rien du sang qui m'a donné la vie; Ce sang s'est épuisé, versé, pour la patrie; Ce sang coula pour vous; cl, malgré vos refus, Je crois valoir au moins les rois que j'ai vaincus : El je n'offre en un mot à votre âme rebelle Que la moitié d'un trône où mon parti m'appelle.

MÉROPE

Un parti ! vous, barbare, au mépris de nos lois !

Est-il d'autre parti que celui de vos rois?

Est-ce là cette foi si pure et si sacrée,

Qu'à mon époux, à moi, votre bouche a jurée?

La foi que vous devez à ses mânes trahis,

A sa veuve éperdue, à son malheureux fils,

A ces dieux dont il sort et dont il tient l'empire ?

POLYPHONTE

11 est encor douteux si votre fils respire. Mais, quand du sein des morts il viendrait en ces Redemander son trône à la face des dieux, [lieux Ne vous y trompez pas, Messène veut un maître Éprouvé par le temps, digne en effet de l'être; Un roi qui la défende, et j'ose me flatter Que le vengeur du trône a seul droit d'y monter. Égisthe, jeune encore et sans expérience, Étalerait en vain l'orgueil de sa. naissance; N'ayant rien fait pour nous, il n'a rien mérité. D'un prix bien différent ce trône est acheté. Le droit de commander n'est plus un avantage Transmis par la nature, ainsi qu'un héritage : C'est le fruit des travaux et du sang répandu; C'est le prix du courage, et je crois qu'il m'est dû. Souvenez-vous du jour où vous fûtes surprise Par ces lâches brigands de Pylos et d'Amphryse; Revoyez votre époux et vos fils malheureux, Presque en votre présence assassinés par eux. Revoyez-moi, madame, arrêtant leur furie, Chassant vos ennemis, défendant la patrie; Voyez ces murs enfin par mon bras délivrés; Songez que j'ai vengé l'époux que vous pleurez : Voilà mes droits, madame, et monrangetmon titre.

La valeur fit ces droits; le ciel en est l'arbitre. Que votre fils revienne, il apprendra sous moi Les leçons de la gloire et l'art de vivre en roi : Il verra si mon front soutiendra la couronne, [ne. Le sang d'Alcide est beau, mais n'a rien qui m'éton- Je recherche un honneur et pi us noble et plus grand ; Je songe à ressembler au dieu dont il descend : En un mot, c'est à moi de défendre la mère, Et de servir au fils et d'exemple et de père,

MÉROPE

N'affectez point ici des soins si généreux, Et cessez d'insulter à mon fils malheureux. Si vous osez marcher sur les traces d'Alcide, Rendez donc l'héritage au fils d'un Héraclide. Ce dieu, dont vous seriez l'injuste successeur, Vengeur de tant d'États, n'en fut point ravisseur. Imitez sa justice ainsi que sa vaillance; Défendez votre roi, secourez l'innocence; Découvrez, rendez-moi ce fils que j'ai perdu, Et méritez sa mère à force de vertu ; Dans nos murs relevés rappelez votre maître : Alors jusques à vous je descendrais peut-être; Je pourrais m'abaisser; mais je ne puis jamais Devenir la complice et le prix des forfaits.

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