‹ Théâtre completChapitre 477 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

EGISTHE. .NARBAS, EURYCLÉS.

NARBAS.

Le tyran nous retient au palais de la reine, Et notre destinée est encore incertaine, [mon fil-! Je tremble pour vous seul. Ah! mon prince! ah! Souffrez qu'un nom si doux me soit encor permis. Ah! vivez. D'un tyran désarmez la colère, Conservez une tète, hélas! si nécessaire, Si longtemps menacée et qui m'a tant coûté.

EURYCLES.

Songez que, pour vous seul abaissant sa fierté, Mérope de ses pleurs daigne arroser encore Les parricides mains d'un tyran qu'elle abhorre.

ÉGISTHE

D'un long étonnement à peine revenu, Je crois renaître ici dans un monde inconnu. Un nouveau sang m'anime, un nouveau jour m'é-

. [cl ai î-e.

Qui? moi, né de Mérope! Et Cresphonte est mon

[père !

Son assassin triomphe; il commande, et je sers! Je suis le sang d'Hercule, et je suis dans les fers!

NARBAS.

Plût aux dieux qu'avec moi le petit-fils d'Alcide Fut encore inconnu dans les champs de l'Élide!

ÉGISTHE

Eh quoi! tous les malheurs aux humains réservés. Faut-il, si jeune encor, les avoir éprouvés? Les ravages, l'exil, la mort, l'ignominie, Dès ma première aurore ont assiégé ma vie. De déserts en déserts errant, persécuté, J'ai langui dans l'opprobre et dans l'obscurité. Le ciel sait cependant si, parmi tant d'injures, J'ai permis à ma voix d'éclater en murmures. Malgré l'ambition qui dévorait mon cœur, J'embrassai les vertus qu'exigeait mon malheur; Je respectai, j'aimai jusqu'à votre misère; Je n'aurais point aux dieux demandé d'autre père. Ils m'en donnent un autre et c'est pour m'outrager. Je suis fils de Cresphonte et ne puis le venger. Je retrouve une mère, un tyran me l'arrache : Yn détestable hymen à ce monstre l'attache. Je maudis dans vos bras le jour où je suis né ; Je maudis le secours que vous m'avez donné. Ah! mon père! ah! pourquoi d'une mère égarée Reteniez-vous tantôt la main désespérée?

Mes malheurs finissaient; mon sort était rempli.

NARBAS.

Ah! vous êtes perdu : le tyran vient ici.

POLYPHONIE, ÉGISTHE, NARBAS, ELRYCLES.

GARDES

POLYPIJONTE.

(Narbas et Eurijclès s'éloignent un peu.) Retirez-vous; et toi, dont l'aveugle jeunesse Inspire une pitié qu'on doit à la faiblesse, Ton roi veut bien encor, pour la dernière fois, Permettre à tes destins de changer à ton choix. Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance, Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance. Je puis au plus haut rang d'un seul mot t'élever, Te laisser dans les fers, te perdre ou te sauver. Élevé loin des cours et sans expérience, Laisse-moi gouverner ta farouche imprudence. Crois-moi, n'affecte point, dans ton sort abattu, Cet orgueil dangereux que tu prends pour vertu. Si dans un rang obscur le destin t'a fait naître, Conforme à ton état, sois humble avec ton maître. Si le hasard heureux t'a fait naître d'un roi, Rends-toi digne de l'être en servant près de moi. Une reine en ces lieux te donne un grand exemple : Elle a suivi mes lois et marche vers le temple: Suis ses pas et les miens, viens aux pieds de l'autel Me jurer à genoux un hommage éternel.

Puisque tu crains les dieux, atteste leur puissance ; Prends-les tous à témoin de ton obéissance. La porte des grandeurs est ouverte pour toi. In refus te perdra; choisis et réponds-moi.

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