SCÈNE II
ARZACE, OROÈS, suivi des mages,
OROÈS, à Àrzace* Venez, retirons-nous vers ces lieux solitaires ; Je vois quel trouble affreux a dû vous pénétrer : A de plus grands assauts il faut vous préparer.
(Aux mages.) Apportez ce bandeau d'un roi que je révère; Prenez ce fer sacré, cette lettre.
[Les mages vont chercher ce que le grand-prêtre demande.) ARZACE.
0 mon père !
Tirez-moi de l'abîme où mes pas sont plongés, Levez le voile affreux dont mes yeux sont chargés.
OROÈS.
Le voile va tomber, mon fils; et voici l'heure
Où, dans sa redoutable et profonde demeure, Ninus attend de vous, pour apaiser ses cris> L'offrande réservée à ses mânes trahis.
arzace. [désire?
Quel ordre? quelle offrande? et qu'est-ce qu'il
Qui ? moi ! venger Ninus, et Ninias respire ! Qu'il vienne, il est mon roi, mon bras va le servir.
OROÈS.
Son père a commandé ; ne sachez qu'obéir. Dans une heure à sa tombe, Arzace, il faut vous (// donne le diadème et l'épée à Àrzuce.) [rendre, Armé du fer sacré que vos mains doivent prendre; Ceint du même bandeau que son front a porté, Et que vous-même ici vous m'avez présenté.
ARZACE.
Du bandeau de Ninus !
OROÈS.
Ses mânes le commandent :
C'est dans cet appareil, c'est ainsi qu'ils attendent Ce sang qui devant eux doit être offert par vous. Ne songez qu'à frapper, qu'à servir leur courroux : La victime y sera; c'est assez vous instruire. Reposez-vous sur eux du soin de la conduire.
ARZA.CE.
S'il demande mon sang, disposez de ce bras. Mais vous ne parlez point, seigneur, de Ninias ; Vous ne me dites point comment son père même Me donnerait sa femme avec son diadème.
OROÈS.
Sa femme ! vous ! la reine ! ô ciel ! Sémiramis ! Eh bien ! voici l'instant que je vous ai promis. Connaissez vos destins et cette femme impie.
ARZACE.
Grands dieux !
OROÈS.
De son époux elle a tranché la vie.
Elle ! la reine I
OROÈS.
Assur, l'opprobre de son nom, Le détestable Assur a donné le poison.
ARZACE, après un peu de silence.
Ce crime dans Assur n'a rien qui me surprenne; Mais croirai-je en effet qu'une épouse, une reine, L'amour des nations, l'honneur des souverains, D'un attentat si noir ait pu souiller ses mains ? A-t-on tant de vertus après un si grand crime?
OROÈS.
Ce doute, cher Arzace, est d'un cœur magnanime; Mais ce n'est plus le temps de rien dissimuler : Chaque instant de ce jour est fait pour révéler Les effrayants secrets dont frémit la nature. Elle vous parle ici; vous sentez son murmure; Votre cœur , malgré vous, gémit épouvanté. Ne soyez plus surpris si Ninus irrité Est monté de la terre à ces voûtes impies : Il vient briser des nœuds tissus par les furies; Il vient montrer au jour des crimes impunis; Des horreurs de l'inceste il vient sauver son fils. Il parle, il vous attend; Ninus est votre père; Vous êtes Ninias ; la reine est votre mère.
ARZACE.
De tous ces coups mortels en un moment frappé, Dans la nuit du trépas je reste enveloppé.