ROME SAUVÉE, ACTE I, SCÈNE V
Je vois Rome embrasée, et des mains meurtrières, Des supplices, des morts, des fleuves teints de sang- ; De mon père au sénat je vois percer le flanc ; Vous-même, environné d'une troupe en furie, Sur des monceaux de morts exhalant votre vie; Des torrents de mou sang répandus par vos coups Et votre épouse enfin mourante auprès de vous. Je me lève, je fuis ces images funèbres; Je cours, je vous demande au milieu des ténèbres : Je vous retrouve, hélas! et vous me replongez Dans l'abîme des maux qui me sont présagés.
CATILINA
Allez, Catilina ne craint point les augures ;
Et je veux du courage et non pas des murmures,
Quand je sers et l'État, et vous, et mes amis.
AURÉLIE
Ah! cruel! est-ce ainsi que l'on sert son pays? J'ignore à quels desseins ta fureur s'est portée; S'ils étaient généreux, tu m'aurais consultée. Nos communs intérêts semblaient te l'ordonner : Si tu feins avec moi, je dois tout soupçonner. Tu te perdras : déjà ta conduite est suspecte A ce consul sévère et que Rome respecte.
CATILINA
Cicéron respecté! lui, mon lâche rival!