SCÈNE i
GENGIS, OSMAN, troupe de guerriers.
GENGIS
A-t-on de ces captifs éclairci l'imposture? A-t-on connu leur crime et vengé mon injure ? Ce rejeton des rois, à leur garde commis, Entre les mains d'Oclar est-il enfin remis?
OSMAN
Il cherche à pénétrer dans ce sombre mystère. A l'aspect des tourments, ce mandarin sévère Persiste en sa réponse avec tranquillité ; Il semble sur son front porter la vérité, [larmes: Son épouse en tremblant nous répond par des Sa plainte, sa douleur, augmente encor ses char-
[mes.
De pitié malgré nous nos cœurs étaient surpris, Et nous nous étonnions de nous voir attendris : Jamais rien de si beau ne frappa notre vue. Seigneur, le croiriez-vous ? cette femme éperdue A vos sacrés genoux demande à se jeter. « Que le vainqueur des rois daigne enfin m'écouter; 11 pourra d'un enfant protéger l'innocence. Malgré ses cruautés j'espère en sa clémence : Puisqu'il est tout-puissant, il sera généreux ; Pourrait-il rebuter les pleurs des malheureux? » C'est ainsi qu'elle parle; et j'ai du lui promettre Qu'à vos pieds en ces lieux vous daignerez l'adgengis. [mettre.
De ce mystère enfin je dois être éclairci,
[A sa suite.) Oui, qu'elle vienne : allez, et qu'on l'amène ici. Qu'elle ne pense pas que, par de vaines plaintes, Des soupirs affectés et quelques larmes feintes, Aux yeux d'un conquérant on puisse en imposer ; Les femmes de ces lieux ne peuvent m'abuser. Je n'ai que trop connu leurs larmes infidèles, Et mon cœur dès longtemps s'est affermi contre elles. Elle cherche un honneur dont dépendra son sort : Et vouloir me tromper, c'est demander la mort.
OSMAN
Voilà cette captive à vos pieds amenée.
GENGIS
Que vois-je ? est-il possible ?0 ciel! ô destinée ! Ne me trompé-je point? est-ce un songe ? une C'est Idamô ! c'est elle! et mes sens... [erreur?
GENGIS, IDAMÉ, OCTAR, OSMAN, gardes.
IDAMÉ
Ah ! seigneur, Tranchez les tristes jours d'une femme éperdue. Vous devez vous venger, je m'y suis attendue ; Mais, seigneur, épargnez un enfant innocent.