SCÈNE II
SALOME, SOHÈME, AMMON.
SALOME.
Approchez; votre cœur n'est point né pour trahir, Et le mien n'est pas fait pour souffrir qu'on l'abuse. Le roi revient enfin; vous n'avez plus d'excuse: Ne, consultez ici que vos seuls intérêts, Et ne me cachez plus vos sentiments secrets. Parlez, je ne crains point l'aveu d'une inconstance Dont je mépriserais la vaine et faible offense; Je ne sais point descendre à des transports jaloux, SNi rougir d'un affront dont la honte est pour vous. sohême. [dre
Il faut donem'expliquer, il faut donc vous appren- Ce que votre fierté ne craindra point d'entendre. J'ai beaucoup, je l'avoue, à me plaindre du roi; Il a voulu, madame, étendre jusqu'à moi Le pouvoir que César lui laisse en Palestine ; En m'accordant sa sœur, il cherchait ma ruine: Au rang de ses vassaux il osait me compter; J'ai soutenu mes droits, il n'a pu l'emporter. J'ai trouvé, comme lui, des amis près d'Auguste, Je ne crains point Hérode, et l'empereur est juste ; Mais je ne puis souffrir (je le dis hautement) L'alliance d'un roi dont je suis mécontent. D'ailleurs vous connaissez cette cour orageuse : Sa famille avec lui fut toujours malheureuse; De tout ce qui l'approche il craint des trahisons; Son cœur de toutes parts est ouvert aux soupçons. Au frère de la reine il en coûta la vie; De pins d'un attentat cette mort fut suivie. Mariamne a vécu, dans ce triste séjour, Entre la barbarie et les transports d'amour, Tantôt sous le couteau, tantôt idolâtrée, Toujours baignant de pleurs une couche abhorrée; Craignant et son époux et de vils délateurs, De leur malheureux roi lâches adulateurs.
SALOME.
Vous parlez beaucoup d'elle !
SOHÊME.
Ignorez-vous, princesse, Que son sang est le mien, que son sort m'intéresse?
SALOME.
| Je ne l'ignore pas.