SCÈNE m
ARGIRE, LES CHEVALIERS.
ARGIRE.
Mes amis, dans une telle injure...
Après son aveu même... après ce crime affreux... Excusez d'un vieillard les sanglots douloureux... Je dois tout à l'État... mais tout à la nature. Vous n'exigerez pas qu'un père malheureux A vos sévères voix mêle sa voix tremblante. Aménaïde, hélas! ne peut être innocente; Mais signer à la fois mon opprobre et sa mort, Vous ne le voulez pas... c'est un barbare effort : La nature en frémit et j'en suis incapable.
LORÉDAN
Nous plaignons tous, soigneur, un père respectable ; Nous sentons sa blessure et craignons de l'aigrir : Mais vous-même avez vu cette lettre coupable; L'esclave la portait au camp de Solamir. Auprès de ce camp même on a surpris le traître, Et l'insolent Arabe a pu le voir punir. Ses odieux desseins n'ont que trop su paraître. L'État était perdu. Nos dangers, nos serments, Ne souffrent point de nous de vains ménagements; Les lois n'écoulent point la pitié paternelle. L'État parle, il suffit.
ARGIRE.
Seigneur, je vous entends;
Je sais ce qu'on prépare à cette criminelle.
Mais elle était ma fille... et voilà son époux...
Je cède à ma douleur... Je m'abandonne à vous... Il ne me reste plus qu'à mourir avant elle.
{Il son.)